L’épée de l’Esprit : la Parole (Ephésiens 6) - 6/6

Le combat spirituel
Parce que de nombreux chrétiens se retrouvent aujourd’hui dans des combats dont il ne comprennent pas toujours les enjeux, il nous a semblé urgent de revisiter le sixième chapitre de l’épître de Paul aux Ephésiens.
Que Dieu permette au lecteur de saisir la nature de certaines batailles de la vie, afin d’être témoins des délivrances auxquelles le Seigneur nous appelle, et de quitter un christianisme de confort pour entrer dans la paix d’un christianisme de combat.

Textes bibliques à lire
Ephésiens 6:10-18
Apocalypse 19:11-16

Voici donc la sixième et dernière arme du chrétien selon l’attirail qui est décrit par l’apôtre Paul dans son épître aux Ephésiens. Ces armes sont des armes spirituelles, bien sûr. Paul ne dit pas de se servir d’un bouclier en bronze, mais il suggère d’utiliser la foi comme bouclier. Il ne propose pas d’utiliser un casque métallique pour se protéger mais bien de porter le salut comme un casque de protection. Il ne suggère pas de se saisir d’épées de fer ou d’airain, mais bien de la Parole de Dieu comme épée tranchante.
Il y a donc un refus fondamental de la violence à l’égard des personnes, je l’aurai dit — volontairement — dans chacune des prédications de cette série afin de lever toute ambiguïté. Oui, bizarrement, ce texte très guerrier est aussi un des plus pacifiques puisqu’il interdit la guerre sainte au sens de la croisade ou de la djihad qui ne conduisent jamais à la paix, mais toujours à des exterminations et destructions massives.
Et pour servir l’Evangile de la paix, Paul a choisi que cinq des six armes décrites soient des armes défensives, car il ne veut pas poser les croyants en justiciers sanguinaires dans le monde, mais bien dans une stratégie de paix, de calme et de sécurité, où ils se contenteraient principalement de se défendre contre le malin.

Cinq armes sont pour notre défense et une seule est une arme d’attaque, une arme offensive. Alors, à quoi sert une arme offensive pour un peuple qui est sensé prier pour ses ennemis, bénir ses ennemis, dire du bien de ceux qui nous haïssent ? Voyez-vous le paradoxe ? C’est comme un pistolet à la ceinture d’un « gardien de la paix »… il y a de quoi s’étonner, non ? Une kalashnikov entre les mains d’un moine cistercien ? Une machette dans l’attirail d’une institutrice ? Cela pourrait sembler tout aussi ridicule d’avoir une épée dans l’attirail d’un chrétien, apôtre nécessaire de la non-violence… Que faire de cette épée ?
C’est une épée très tranchante mais que doit-elle trancher ?

Avant de tout mettre en morceaux, il faut toujours se rappeler ce principe de notre foi chrétienne qui consiste à distinguer ennemis et Ennemi. On l’a rappelé, le Christ a mis un accent tout particulier sur la nécessité de bénir ses ennemis. Voici une attitude de rupture radicale avec les morales et les idéologies traditionnelles qui opposent toujours ceux de l’intérieur à ceux de l’extérieur, les bons aux méchants, les nôtres et les autres. Christ vient faire exploser ces catégories par l’épée de sa parole, car en proposant de bénir ses ennemis, il incite à appliquer à ceux que nous haïssons des attitudes que nous réservons normalement à ceux que nous aimons. Si nous traitons nos ennemis en prenant soin d’eux comme des amis, ce sont même les catégories d’ami et d’ennemi qui sont bouleversées. Il n’y a plus les bons et les mauvais, les proches et les lointains, mais il y a seulement désormais des gens bénis, des gens respectés et traités comme des frères, quelle que soit leur attitude à mon égard. Christ tranche dans le vif de toutes nos logiques sécuritaires en nous appelant à différencier les ennemis c’est-à-dire les personnes qui s’opposent à nous mais que nous devons bénir, et celui qui nous devons haïr de tout notre cœur et qui est appelé par certains l’Ennemi avec un E majuscule ; mais je ne crois pas qu’il faille lui faire l’honneur d’une majuscule, à cet ennemi du Christ. La bible donne des tas de noms à ce diviseur, notamment celui de l’ennemi de nos âmes. Lui est un ennemi à dominer et à soumettre.
Mais il est d’autant plus à dominer et soumettre que nous sommes issus d’un siècle qui a voulu nier l’existence de cet ennemi spirituel. Nier quelque chose ou quelqu’un par des paroles n’a jamais permis de le rendre inactif. Et dans ce siècle, depuis que Baudelaire l’a dit, « la plus grande ruse du diable a été de faire croire qu’il n’existait pas ».
Dire que cet ennemi existe, ce n’est pas, comme le croient certains, une régression de la pensée, un archaïsme théologique, une lecture passéiste du réel. C’est une nécessité vitale, car tant qu’un ennemi n’est pas nommé, on ne peut pas se battre contre lui. Tant que le cancer n’est pas nommé, on ne peut pas se battre. Tant que l’amiante n’est pas déclarée nocive, tout le monde la respire dans la joie et la bonne humeur. Tant que l’ennemi de nos âmes n’est pas dénoncé, le monde marche gentiment sur la tête et tout le monde essaye de s’y résigner…
Jésus opère donc une distinction radicale entre les personnes qui peuvent être nos ennemis mais que nous bénissons, et l’ennemi du Christ que nous devons combattre par les armes de la foi.

Comment se manifeste l’ennemi spirituel dans nos existences ? Eh bien il suffirait de reprendre les noms qui sont utilisés dans la bible pour le nommer, et qui sont autant d’éclairages sur sa façon d’agir.
Diviseur, menteur, accusateur, moqueur, …
Il est avant tout le diviseur.
Comment se fait-il que l’humain puisse se dresser contre l’humain, alors que le projet de Dieu a été que nous puissions vivre en cherchant la paix ?
Comment se fait-il que la division soit à ce point puissante qu’il puisse y avoir des cassures jusqu’à l’intérieur de nous-mêmes ? Il nous arrive de ne plus être unifiés corps-âme-esprit. Il arrive que notre corps se dresse contre lui-même. A ce titre le cancer est une maladie stupéfiante, où une partie de nous-mêmes va entrer en rébellion pour détruire l’ensemble de notre corps. N’est-ce pas là un signe qu’une vraie puissance de division est à l’œuvre ? De nombreuses pathologies psychologiques sont regroupées sous le titre « trouble dissociatif ». Est-ce logique que l’esprit se fissure jusqu’à se dissocier, jusqu’à diviser notre identité pour aller chez certains jusqu’à des schizophrénies, des failles de l’âme ? Ce ne sont que deux exemples et je ne suis pas en train de dire que la schizophrénie ou le cancer sont des signes de la présence du diable chez les personnes, bien sûr, mais qu’en revanche, ils sont le signe qu’une puissance de division est venue troubler l’ordre de bénédiction que le Seigneur avait posé comme structure fondamentale du monde. Et chacun, autant que nous sommes, nous déployons le témoignage de cette division, au moins dans un registre de notre vie.

Il y a donc bien dans le monde une puissance de fragmentation qui consacre l’ennemi de nos âmes et en fait aussi l’ennemi du Christ, dans la mesure où ce dernier est venu, justement, pour réconcilier, pour réparer, pour recoudre le tissu déchiré d’une humanité divisée.
L’adversaire du Christ laisse sa signature dans tout projet qui divise ce que Dieu a voulu uni, et plus largement encore dans tout ce qui conduit à la glorification d’autre chose que Dieu. Les cieux, la terre, et ce qu’ils contiennent ont été fait, comme le dit le psalmiste, pour dire la gloire de Dieu. Quand ce que nous bâtissons essaye de dire la gloire d’un pharaon, la gloire d’un objet, la gloire d’une idole, quand ce que nous construisons essaye de dire notre propre gloire, l’adversaire du Christ laisse sa signature, car la créature est détournée de sa destinée.

Ce n’est donc pas contre les autres, contre les gens, contre nos ennemis que nous utiliserons l’épée de l’Esprit qui est la parole de Dieu, mais bien contre l’ennemi du Christ.
Comment l’utiliser ? Paul dira ailleurs que « toute Écriture est inspirée de Dieu, utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute œuvre bonne » (2 Timothée 3:16). L’utilisation de la parole de Dieu, que nous entendons presque exclusivement dans les Écritures bibliques, voilà notre arme tranchante dans le combat spirituel.

Quand quelque chose vient nous dire que nous ne valons rien et que Dieu ne peut pas nous aimer, saisissons-nous de l’épée et tranchons !
— « C’est faux ! Je ne vaux pas rien, car Jésus a dit (Jean 15:59) : Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. Demeurez dans mon amour ».

Quand une petite voix vient nous persuader que tout est dans tout, que tout se vaut, que toutes les religions mènent à Dieu, saisissons-nous de l’épée et tranchons !
— « Jésus, la parole de Dieu sur la terre a dit (Jean 14:6) : Je suis le chemin, la vérité, la vie. Nul ne peut venir au Père sinon par moi ».

Pour chaque entreprise de division, de mensonge ou de déstabilisation, saisissons-nous de l’épée et tranchons ! Dans le vif du désespoir, dans le cœur de la tempête, dans toutes les tentatives de nous faire perdre notre espérance, saisissons-nous de l’épée et tranchons !
Chaque parole de Dieu est aiguisée comme un cutter et lourde comme une épée d’airain pour combattre dans le monde spirituel.

Mais vous l’aurez bien senti, le combat de la foi n’est pas une agitation, il n’est pas un karaté de l’âme. Il est la paisible assurance, qu’en déployant l’arme de l’Esprit Saint, nous sommes simplement en charge de rendre le territoire à celui seul qui a l’autorité sur cette terre. Le voleur a pillé l’héritage des enfants de Dieu. Le diviseur a abîmé les couples, les familles, les institutions et même les Eglises, jusqu’à en faire des lieux de division. Mais cela nous ne nous y résignons pas. Car nous sommes les frères et les sœurs du prince de la paix et nous sommes les enfants du Père des bénédictions. Et avec la puissance tranchante de l’épée de l’Esprit, nous reprenons l’autorité sur la création pour la consacrer, sans cesse et toujours à l’amour du Père. Il ne s’agit pas d’une volonté de puissance pour nous, mais bien de rappeler au monde les lois auxquelles il doit se soumettre, de rappeler au pillard qu’il n’a pas de droits sur les vignes du Seigneur.

Nous ne sommes là qu’en application d’une sentence incroyable prononcée par celui qui jugera les vivants et les morts, d’une sentence qui a déjà été prononcée à la croix du mont Golgotha, par ce Jésus qui allait mourir à cause de l’injustice du monde. Cette sentence, vous la connaissez : « Pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23:34). Sentence de pardon radical, d’amour total. Sentence démesurée, débordante de conséquences pour un monde en souffrance. Sentence puissante, que l’ennemi du Christ conteste, sentence dont il essaye au quotidien de nous faire croire qu’elle était vaine et inapplicable, qu’il faut se résigner, qu’il ne faut pas se battre pour la justice, qu’il ne faut pas vouloir de liberté, que la vérité n’existe pas… etc. Vous connaissez aussi bien que moi les ruses du menteur.

En utilisant l’épée de l’Esprit qui nous permet de trancher dans le vif de ces contrefaçons diaboliques, nous sommes là dans le monde pour faire connaître la sentence du juge de Golgotha. Nous ne nous agitons pas pour obtenir une victoire qui dépendrait de notre force ou de notre ruse, mais nous manifestons paisiblement une victoire déjà obtenue à la croix par le Christ. Notre foi et notre combat sont simplement d’annoncer une parole dite pour le monde entier, et d’appliquer une peine puissante et fine à la fois : un amour sans mesure pour les humains, et une lutte résolue contre ce qui le détruit.

Que Dieu nous donne de marcher courageusement dans la liberté.

Amen

© Gilles Boucomont pour Eglise réformée du Marais : http://Temple.duMarais.fr

Le bouclier de la foi (Ephésiens 6) - 1/6

La ceinture de la vérité (Ephésiens 6) - 2/6

La cuirasse de la justice (Ephésiens 6) - 3/6

Le casque du salut (Ephésiens 6) - 4/6

La Cène de Monod

L’arche de Noé, version moderne

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