Sauvés ! (4) - Dieu nous sauve de nous-mêmes

Dieu sauve
Nos contemporains sont sûrs que la question des origines est une préoccupation théologique première pour les Juifs et les chrétiens. Le texte de la Genèse est bien connu de tous, même au-delà du cercle des croyants. Pour autant, la question des origines n’a pas beaucoup préoccupé le peuple de Dieu à travers les siècles, mais bien plutôt la question de la survie, du salut : “Comment fait-on pour être sauvé ?”. Nos contemporains se demandent plutôt : “De quoi Dieu nous sauverait-il ?”.

Texte de référence : Premier testament, Exode 3:11-15 et Nouveau testament, Jean 8:58
Prédication donnée l’été 2005 à l’Eglise Réformée du Marais

Prédication

« L’être humain est un éternel enfant. Il aime qu’on le regarde.
L’enfant, dans ses jeux, pousse des cris pour qu’on tourne ses regards vers lui. Il en appelle au ciel et à la terre, à tout ceux qu’il entourent, il déclare la mobilisation générale au moment de faire quelque chose qu’il estime périlleux, et qui va pouvoir lui attirer quelque gloire. » [Christian Bobin]
Regarde-moi, regarde-moi, font tous les enfants, au moment où ils vont sauter de bande blanche en bande blanche sur un passage clouté. Et à 70 ans, ce sera toujours pareil. Non, nous ne sauterons plus d’une bande blanche à l’autre, mais nous aimons tellement qu’on nous prête attention, que nous inventerons encore une infinité de ruses pour capter le regard des autres. On brasse beaucoup d’air, on s’agite, on se plaint, on râle, on fait l’intéressant, on raconte à tous ceux qui veulent l’entendre nos gloires du passé, ce temps où nous étions un héros que nous ne sommes plus vraiment,… ou que nous n’avons peut-être jamais été.

Toutes les créatures aiment à être regardées. Les buissons et les arbres à la chaude saison rivalisent de couleurs. Les fleurs sont prêtes à n’importe quoi pour séduire le papillon ou l’abeille. Les oiseaux sifflent dès le lever du jour. La campagne se pare d’un voile de brume au petit matin. Mais de toutes les créatures, c’est l’homme qui dépense le plus d’énergie pour attirer l’attention des autres. Etre aimé, être reconnu, pouvoir trouver refuge dans la demeure du regard de l’autre.

« Regarde-moi, regarde-moi » fait l’humain, de 0 à 100 ans.

Derrière ce cri de chaque jour se trouve un appel. Derrière toutes ces demandes, et ces “regardez-moi” il y a le désir de recevoir de l’amour. Les gens pensent que c’est la santé ou l’argent qui nous font vivre. Mais si l’on prend suffisamment de recul, on s’aperçoit alors qu’on peut survivre avec une mauvaise santé, ou avec peu d’argent, tandis qu’on ne peut pas vivre longtemps sans amour.
Nous passons donc toute notre existence à mendier un peu d’amour à droite ou à gauche, comme si l’amour pouvait être donné comme une aumône, alors qu’il doit être offert comme un cadeau. Nous sommes là, sans cesse, à guetter un regard, à quémander un peu d’amour de nos parents, de nos amis, de nos bien-aimés. Car nous savons bien que c’est la seule chose vraiment nécessaire pour faire tenir notre vie debout.
Derrière tant d’agitations de nos existences, derrière la plupart de nos petites maladies psychosomatiques, derrière nos projets qui paraissent si rationnels parfois, il y a cette quête effrénée d’un amour qui puisse irriguer notre existence.
Pour nombre d’entre nous cette quête d’amour prend tout son sens quand elle se révèle sous son vrai visage, car derrière la quête d’amour, pour nous, il y a la recherche de Dieu. Simplement que parce que Dieu est amour, parce que nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, que nous y avons cru, et que celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui. (1 Jean 4:16)

Aime-moi, disons-nous à toutes les créatures qui nous entourent. Aime-moi, demandons-nous aussi à Dieu, alors que c’est lui la source de l’Amour et que de toute éternité, il n’a fait que nous aimer, depuis qu’il nous a fait naître sous sa bénédiction. Mais ça, nous avons du mal à le réaliser. Nous avons du mal à reconnaître que nous sommes submergés de l’amour de Dieu. Nous sommes comme ce poisson qui toute sa vie a cherché l’Océan, le fameux océan, le merveilleux océan, mais qui n’a jamais trouvé autre chose que de l’eau salée. Nous sommes tellement environnés de l’amour de Dieu que nous n’arrivons pas à le voir.
Alors nous nous agitons. Parce que nous croyons qu’en attirant l’attention, on attire aussi l’affection. Aime-moi, mon frère, aime-moi, ma sœur, aime-moi, toi le passant. Aime-moi, Seigneur. Nous voudrions attirer tout l’amour du monde vers nous, alors que nous sommes déjà engloutis, submergés, couverts de la bénédiction et de l’amour de Dieu.
Dieu, lui a raison de se préoccuper qu’on l’aime, car nous avons plus de mal à l’aimer que lui n’aurait de difficulté à nous aimer. Lui est amour. Nous, nous sommes des comptables de la grâce. Débit, crédit, dettes et créances.
Aime-moi, nous demande Dieu dans le commandement de Jésus-Christ : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. Et tu aimeras ton prochain comme toi-même. Aie confiance et je te donnerai la capacité d’aimer. Oui, tu aimeras la source et tu aimeras le ruisseau. Car si tu n’aimes pas la source, tu ne peux aimer le ruisseau. Si tu n’aimes pas Dieu, qui est la source de l’amour, tu ne pourras pas vraiment aimer ton prochain, qui découle de Dieu.

Mais voyez quelle différence il y a entre la demande d’amour telle que Dieu la formule et la demande d’amour telle que nous la formulons.
Quand nous disons “aime-moi”, nous voulons que tout se centre sur nous-mêmes, que les regards, les attentions, les bénédictions se tournent vers nous, que nous soyons au moins l’espace d’un instant au centre du monde. Sauf que ce n’est pas à nous qu’il revient d’être au centre dans le monde, c’est à Dieu.
Et quand Dieu, lui, nous dit “aime-moi”, ce n’est pas pour qu’il se complaise dans sa supériorité de Dieu, mais c’est pour que jaillisse du sens, pour que la relation s’enclenche,… car il nous a aimés le premier.
Nous voulons qu’on nous-aime-un-point-c’est-tout ; Dieu veut qu’on l’aime pour que le monde ait du sens. Ça signifie : pour que nous soyons libérés de cet égocentrisme qui conduit à la mort, pour que l’amour devienne la nouvelle loi d’échange dans ce monde. Dieu n’a pas un ego à flatter, il a un projet pour lui-même et pour le monde, l’écriture du poème de la création.

Tout réside dans cette différence qualitative infinie entre le “C’est moi” de Dieu et le “C’est moi” des hommes et des femmes, entre un “c’est moi” qui ferme et un “c’est moi” qui ouvre, qui libère.
Vous savez, quand vous allez chez quelqu’un que vous connaissez, ou quand vous lui téléphonez, il vous demande “Qui est-ce ?” et vous, vous répondez “C’est moi”. L’espace d’un instant vous êtes pris de folie…, en oubliant qu’il y a près de 6 milliards de personnes qui sont en mesure de donner la même réponse que vous. L’être humain a l’arrogance de croire qu’en disant “c’est moi”, tout le monde devrait le reconnaître. L’être humain oublie toujours qu’il n’est pas le centre du monde. Il se croit peut-être au centre de son monde à lui, mais il n’est jamais le centre du monde dans l’absolu. Nous, nous disons “Moi” ou “C’est moi” par opposition aux autres, pour nous différencier, pour marquer que “Moi c’est moi, et toi t’es toi, tu as compris, tais-toi”. [J. Salomé].
Dieu, lui, dit “Moi” ou “C’est moi”, non pas pour que l’autre se taise, mais pour qu’il soit apaisé, pour qu’il soit libéré de ses angoisses, de son Égypte, afin qu’il puisse prendre la parole, qu’il puisse relever le défi de l’amour, le défi de la loi d’amour pour le monde. Dieu seul est habilité à dire “C’est moi” depuis la révélation du Mont Sinaï, ou plutôt, comme le dit E. Wiesel, il est le seul qui puisse dire “C’est moi” en désignant la plénitude et non pas le déchirement. Dieu seul est habilité à le dire, et c’est le nom même qu’il se donne, le nom qu’il offre à son peuple “C’est moi”. Tu leur diras : “C’est moi” m’a envoyé vers vous, “C’est moi” est celui qui vous libère. Dieu, qui veut qu’on l’appelle “C’est moi”, nous libère de toute nos revendications égocentriques, de tous nos “c’est moi” à nous.

Jésus dit :
C’est moi, n’ayez pas peur, Matthieu 14:27
C’est moi le Messie, Jean 4:26
C’est moi le pain de vie, Jean 6:35
C’est moi la lumière du monde, Jean 9:5
C’est moi la porte, Jean 10:7
C’est moi le Fils de Dieu, Jean 10:36
C’est moi la résurrection et la vie, Jean 11:25
C’est moi le chemin, la vérité et la vie, Jean 14:6
C’est moi le cep, Jean 15:1
C’est moi l’Alpha et l’Oméga, Apocalypse 1:8
C’est moi le bon berger, Jean 10:11
C’est moi le premier et le dernier, Apocalypse 1:17
etc.

Aujourd’hui Dieu vient à nous comme au Sinaï et nous redit :
“N’aie pas peur, « c’est moi » qui te libère ; et je te libère de toutes tes entraves, des chaînes que d’autres ont mis à tes pieds, des liens que tu as hérités de tes parents. Et je te libère aussi de toi-même. Ton Dieu, ce n’est plus toi ; ton Dieu, c’est moi”.

Amen !

Vu au Liban

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