Trois photos d’Israël

Voici un reportage quasi photographique résumant huit jours de parcours que nous avons vécus en mars 2007 sur la terre d’Israël et de Palestine, terre assurément sainte puisque tout le monde la considère comme étant « à part ».

La première image c’est celle de Jacob*, juif laïque et agnostique qui nous accompagnait à Rama pour rencontrer le pasteur Georges, un baptiste arabe à la cinquantaine bien avancée. Jacob était venu pour des raisons techniques et purement professionnelles : c’est lui qui nous conduisait. Assez marqué dans ses formulations politiques, on pouvait se douter de sa méfiance à l’égard d’un arabe, qui plus est chrétien, et de surcroît pasteur baptiste. C’est ce concentré de préjugés politiques qui coulait dans les larmes de Jacob quand il entendait parler de la souffrance d’être humains, qu’importe leur origine. C’est un concentré de préjugés religieux qui coulait dans ses larmes quand il écoutait l’expérience profonde de pardon vécue par Georges et les siens. C’était comme une blessure mal cicatrisée, qu’on a essayé de cacher toute une vie, mais qui est ouverte à nouveau, afin que les tissus soient remis en place et que la guérison puisse venir effectivement, malgré tout ce qui s’est passé depuis. Et dans les pleurs descendait une paix vraiment d’en haut, simplement parce que la foi et la force d’un homme nous avait mis au pied du mur pour donner du poids au pardon.

Cette image est cruciale pour pouvoir regarder la deuxième, qui elle nous laisse avec une amertume dans le cœur. Il s’agit de cette immense tenture de type publicitaire, plaquée par le ministère du tourisme sur la façade israélienne de la porte, à Bethléem. La porte en question est le point de passage au travers du mur de sécurité qui sépare Israël de la Palestine. Un mur immense, infranchissable (c’est le but) et qui est sur certaines parties en cours de construction. Sur la tenture : « La paix soit avec vous ». Quelle paix ? En tout cas pour celui qui lit ce slogan, c’est la colère qui monte et rien qui ressemble à la paix. Comment ne pas penser à d’autres slogans écrits sur d’autres murs en d’autres temps ? « Le Travail Rend Libre » ? Et le soir, alors que nous revenons de Bethléem à Jérusalem, au pied de la tenture, des hordes de palestiniens déshumanisés, hagards, attendant de passer cette frontière et de rentrer à la maison après avoir porté des pierres sur les chantiers d’une Jérusalem florissante. Heureusement qu’il y a eu la paix de Rama pour pouvoir digérer la « paix » de Bethléem…

La dernière image, ce sont les foules qui se pressent au commencement du shabbat, le vendredi soir près du Mur — encore un mur ! Mais cette fois-ci c’est le mur des lamentations, le Qotel, au cœur de la vieille ville de Jérusalem. Tous ont leurs habits de fête : pour certains le jean à l’occidentale, et pour d’autres des chapkas d’Europe de l’Est parfaitement décalées avec la température et la latitude. Mais c’est comme ça. L’habit fait le moine. Et nous voici emmenés, sans trop comprendre ce qui se passe, par un juif assez orthodoxe, qui, après avoir remué ciel et terre pour nous trouver des kipas, nous conduit, au cœur de la fête, au pied du mur, nous les quatre hommes français, mais dont trois sont de souche algérienne. Surréaliste. Là, tout est possible. C’est normal et c’est délirant. C’est totalement sûr et c’est plus que dangereux. Trois anciens musulmans, à trente mètres sous la mosquée Al Aqsa, au milieu des juifs les plus stricts, à cause du juif Jésus, au pied du mur, pour prier, rendre grâce et compter sur les bienfaits de Dieu. Difficile de croire en ayant vu.

Et au loin résonne la voix du psalmiste :
Demandez la paix de Jérusalem ; que la paix soit dans tes murs. Ps 122:6-7

* Les prénoms ont été changés pour la confidentialité.

Etre parfait et devenir parfait