Que ton Nom soit sanctifié ! (Notre Père - 2)

Prédication donnée au temple du Marais à Paris le 7 octobre 2007

Lectures bibliques :
Esaïe 42:8
Jean 17:24-26

Prédication
Jésus est un très bon pédagogue, il sait que, si nous sommes livrés à nous-mêmes, notre prière va foncer tête baissée vers des demandes qui nous concernent, des demandes matérielles ou encore ce genre de petites prières que l’on fait pour que nos désirs soient assouvis, que notre volonté soit faite, que nos petites préoccupations de tous les jours soient globalement arrangées par le Seigneur. Nous avons bel et bien tôt fait de nous replacer au centre, même quand nous prions et que nous avons l’impression que c’est Dieu que nous plaçons au centre de notre pensée, pour un petit moment. Nous sommes égoïstes, jusque dans notre prière et voulons toujours tout ramener à nous-mêmes. « Pourvu que Dieu nous aide, pourvu qu’il jette son regard sur nous, etc. » Nous ne regardons pas beaucoup plus loin ni plus haut.
Alors, Jésus, voyant cela, souhaite nous prémunir de ce penchant naturel en laissant les demandes plus palpables pour la fin de cette prière.
Il ne fait que reprendre la pédagogie qui était la sienne dans le commandement nouveau que nous répétons de dimanche en dimanche : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu — avant toutes choses, je rajouterais — et ton prochain comme toi-même — en conséquence du premier commandement ». Messire Dieu premier servi, puis ensuite l’être humain.
Et il reprenait déjà la pédagogie divine au moment des dix commandements, puisque vous vous souvenez que les trois premiers commandements concernaient le Seigneur et le respect qui lui est dû, et que les sept suivants concernaient notre façon de vivre devant Dieu.
« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné en plus ».

Le fait que le Nom de Dieu soit sanctifié est bien souvent le cadet de nos soucis, pour deux raisons.
La première raison est très très simple : « Que ton Nom soit sanctifié » est vraiment une expression incompréhensible. Ça sonne bien religieux et ça ne semble avoir aucun rapport avec la vie réelle, celle qu’on essaye de vivre toute la semaine.
Déjà le mot sanctifié est quelque peu énigmatique. Cela veut dire « devenir saint et sacré ». Mais la sainteté et la sacralité, nous ne savons pas véritablement de quoi il s’agit. Etant les enfants d’un monde qui a voulu tout désacraliser et nier toute sainteté, jusqu’à celle de Dieu lui-même, ces idées nous sont aussi étranges et étrangères que le fait d’aller à la rivière avec une outre pour chercher de l’eau : c’était bon dans le passé, ça fait partie du folklore d’autrefois.
La sanctification veut dire qu’on met quelque chose à part. Dieu est saint car il est à part. C’est ce que nous expliquions dimanche dernier autour de l’expression « dans les cieux ». Dieu est radicalement différent de nous, il est à part. De la même façon que Dieu est à part, nous sommes appelés à nous mettre d’une certaine façon à part du monde et de ses lois pour suivre vraiment Dieu et non pas seulement l’Esprit du Monde.
Le fait que Dieu puisse être loué, reconnu comme Seigneur du monde, le fait qu’il puisse être mis à part, reconnu comme saint, nous pouvons encore à la rigueur le comprendre. C’est une question de prérogatives. Il est le premier, qu’il soit reconnu comme premier et servi comme premier.
Mais le fait que nous devions sanctifier son Nom, ça, c’est incompréhensible. Cela fait référence à l’épisode du Sinaï où Moïse demande comment on doit appeler Dieu. Et il le demande au Seigneur lui-même car il comprend qu’il ne faut pas se contenter de l’appeler par des noms que les humains ont forgés. Appeler le Créateur et le Sauveur par le nom « Dieu », c’est assez insultant pour lui, car c’est le comparer à ces multitudes de petits dieux des paganismes, de toutes les religions moyen-orientales. Le nom que Dieu révèlera à Moïse s’écrit avec un Y, un H, un W, et un H. Nos grands frères juifs interdisent qu’on prononce ce nom, qui est d’ailleurs imprononçable dans leur langue. Il est traduit parfois dans certaines de nos bibles, mais c’est peu respectueux que de faire cela puisque ce nom a été donné comme un nom à part, un nom impossible à prononcer pour que l’humain n’ait justement pas la prétention de posséder Dieu en possédant la connaissance de son Nom. Les juifs, quand ils voient ces quatre lettres disent Adonaï, « mon Seigneur ». Et ce nom signifie « Je suis » ou « Je serai ».
Posséder le nom de quelqu’un c’est prendre pouvoir sur lui. « Monsieur … ! » [en appelant quelqu’un dans l’assemblée]. Je prends pouvoir… Je mobilise toute son attention. Il est captivé par mon appel.
Que le Nom de Dieu soit sanctifié, c’est donc se rappeler que Dieu n’est pas comme les autres Dieu, qu’il a souhaité que nous l’appelions, mais nous a donné un Nom très particulier pour le nommer. C’est surtout se rappeler que c’est lui qui doit avoir autorité sur nous et non pas nous qui prétendions avoir autorité sur lui, ou pouvoir le contraindre dans ses interventions, etc.
Nous ne prenons pas assez de temps ni dans nos cultes ni dans notre prière personnelle, pour louer Dieu, pour reconnaître sa place particulière et première. Nous ne prenons pas assez le temps de sanctifier le Seigneur et d’adorer son Nom, son identité, alors que c’est le but premier du culte que nous sommes sensés lui rendre.

La deuxième raison qui fait que nous ne sommes pas très préoccupés que le Nom de Dieu soit sanctifié est que nous sommes vraiment ambigus dans notre allégeance au Seigneur. Nous avons bien d’autres dieux que lui en réalité. Est-ce que dans votre existence, de votre réveil à votre coucher, dans le fil de votre journée, c’est bien Dieu qui est loué, remercié et adoré ? Voyez le temps que vous consacrez chaque jour à servir Mammon, le Dieu du capitalisme libéral. Combien de minutes et d’heures de nos semaines sont consacrées à se laisser conduire par la petite liturgie de Mammon, le Dieu-Argent : passer à la banque, retirer de l’argent, faire des courses, regarder l’état de ses comptes, lire dans les journaux les perspectives économiques, et leurs influences sur le montant de votre salaire ou de votre pension, descendre manifester pour les « avantages acquis », etc. etc. C’est toute une liturgie très dense et très diversifiée, comme le chapelet des musulmans et des catholiques, qui s’égraine au fil de des jours, nous faisant prisonniers d’une religion qui n’est pas celle que nous croyons suivre (car le capitalisme libéral est bien une religion, ne vous y trompez pas !). Vous pensez être chrétiens ? Dans quelle mesure alors passez-vous plus de temps à louer le Père de Jésus-Christ que le Dieu du Fric, qui est puissant et sournois au point de nous faire croire qu’il n’est pas un dieu ? A qui va votre adoration ? Qui est au bénéfice de votre confiance et de votre espérance, est-ce vraiment le Christ, ou l’anti-christ ? En somme, est-ce vraiment le Nom du Père de Jésus qui est sanctifié dans vos vies ou n’a-t-il pas un concurrent qui aurait subtilisé la première place dans votre piété personnelle ?
La question vaut la peine d’être posée. Car notre allégeance au Seigneur ne souffre pas de ces ambiguïtés. Je ne dis pas qu’il faut abandonner tout compte en banque, mais ce à quoi je vous incite aujourd’hui, c’est de voir que face au triomphe de l’argent, nous devons retrouver l’attitude qui était celle des premiers chrétiens face à César. Accepter quelques compromis pour la vie courante car on ne peut pas faire autrement et qu’il faudrait alors complètement se retirer du monde, mais en même temps être extrêmement vigilants à ne pas nous laisser piéger par les célébrations du faux-Dieu, ne pas prêter serment devant lui.
Je vais être extrêmement concret. Un des principaux outils de domination de Mammon sur l’être humain contemporain est l’usage du crédit financier. Si nous prenons des crédits, et surtout si nous nous laissons prendre par la bête vorace de l’endettement par l’outil très spécifique du crédit à la consommation, alors nous nous rendons, bon gré, mal gré, esclaves de Mammon, qui a pouvoir sur nous. Toute notre journée nous serons préoccupés du remboursement, alors que dans la plupart des cas, nous aurions pu simplement différer un achat qui n’était pas vital. Mais, une fois endetté, Mammon nous tient !
Il en va de même avec ce qu’on nous présente comme un jeu, à savoir la spéculation boursière. Ce n’est pas un jeu, ou alors ça l’est dans le mauvais sens du terme, comme le tiercé ou la roulette, qui vous rendent esclaves là encore en vous tenant par la cupidité. Le système boursier international est le Grand Temple de Mammon. C’est là que ce Dieu injuste prend ses décisions sur le sort des humains. C’est à partir de là qu’on affame l’Afrique et qu’on aliène l’Asie ou l’Amérique du Sud. Soyez conscients de ça. Et regarder les hauts et les bas de vos trois actions France Telecom, c’est mettre un écran entre votre intelligence et la réalité d’un système d’oppression de l’humain qui n’a jamais connu pareille puissance et pareille subtilité. Alors soyons vigilants… est-ce que dans nos vies c’est bien « Notre Père qui es aux cieux » dont le Nom est sanctifié ? J’ai pris l’exemple du culte capitaliste, mais j’aurais pu en prendre d’autres, les superstitions ou croyances aux horoscopes, les voyantes, tous types de sorcellerie occidentale, les drogues.
Nous nous disons chrétiens, alors prouvons-le ! Soyons-le vraiment ; joignons le geste à la parole. Quittons le terrain de toutes ces ambiguïtés que nous entretenons et pour lesquelles nous sommes souvent très indulgents. Le Seigneur n’attend pas que nous soyons tranquilles dans notre petit pavillon ou sur les bancs du temple, il attend que la création entière le reconnaisse comme Seigneur, qu’elle cesse d’errer de faux-dieux en idéologies, et d’idéologies en superstitions.
[Nous prions]
Seigneur, que ton Nom soit sanctifié par toute la terre.
Amen

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