La cuirasse de la justice (Ephésiens 6) - 3/6

Le combat spirituel
Parce que de nombreux chrétiens se retrouvent aujourd’hui dans des combats dont il ne comprennent pas toujours les enjeux, il nous a semblé urgent de revisiter le sixième chapitre de l’épître de Paul aux Ephésiens.
Que Dieu permette au lecteur de saisir la nature de certaines batailles de la vie, afin d’être témoins des délivrances auxquelles le Seigneur nous appelle, et de quitter un christianisme de confort pour entrer dans la paix d’un christianisme de combat.

Textes bibliques à lire
Ephésiens 6:10-18
2 Timothée 4:1-8

Les religions utilisent des métaphores pour exprimer les choses de la foi, car nous sommes obligés de comparer le monde spirituel à des choses que nos mots peuvent recouvrir, et donc à des réalités matérielles.
La religion hellénistique a pris la métaphore du roman d’aventures. Les dieux grecs se chamaillent, rivalisent, s’aiment et se haïssent comme de vieux ados dans une émission de télé-réalité. Finalement, la métaphore religieuse du monde grec, c’est bien les jeux olympiques pour la compétition entre divinités, ou l’épopée pour l’aspect romanesque.
Les religions animistes décrivent des batailles entre les arbres et les sources, des principautés animales qui sont en jeu, etc.
Eh bien la religion juive et chrétienne a pris une toute autre métaphore pour parler du Dieu unique. Elle a pris la métaphore du droit.
N’êtes-vous pas frappés par la multiplicité des termes d’ordre juridique dans le discours du Premier et du Nouveau Testaments ? On y parle de Dieu Juge, de Loi, de faute, de pardon. On y parle de jugement, d’un Accusateur (prononcer satan en hébreu), de grâce, de procès ou encore d’un défenseur (prononcer paraklètos en grec, l’avocat, l’Esprit-Saint). Le vocabulaire de la justice a envahi la description de tous les mécanismes de la foi pour devenir la métaphore principale du judéo-christianisme.
Bien des difficultés arrivent, en matière religieuse, du fait de l’utilisation de ces métaphores. Si on emploie une image pour parler de quelque chose, il faut avoir la prudence de se dire que cette image peut avoir ses limites. Elle ne couvre pas toute la réalité. La réalité ne s’arrête pas à ce que l’image montre.
Une image est là, à la fois pour montrer et pour cacher. Ce que montre l’image de la justice pour décrire notre foi n’annule pas ce que cette image ne montre pas. En d’autres termes, il est parfois difficile de ne pas plaquer notre compréhension de la justice sur la question de la justice divine.

Pourquoi avoir utilisé ce registre réglementaire ? Tout simplement pour montrer que la vie spirituelle est comme un procès. Il s’y joue un temps de jugement, d’évaluation de la réalité. Toute notre vie sociale se structure autour de la question de ce qui est juste et ce qui est droit, car pour vivre ensemble nous avons besoin de normes, afin de savoir ce qui peut se faire et ce qui ne peut pas se faire pour que la société fonctionne. Le choix judéo-chrétien consiste à dire qu’il en va de même devant Dieu. Ne plaquez pas sur cette image notre préoccupation très très occidentale de la séparation des pouvoirs, car cette préoccupation est récente (elle n’a que quatre siècles). Dieu détient les trois pouvoirs, législatif, exécutif, et judiciaire, dans cette image.
Dieu est celui qui donne la loi. Il la donne par Moïse, il la donne par Jésus. Dieu est celui qui parle et qui donne des indications sur la façon de vivre, des commandements sur le bon ordre qu’il faut respecter quant à nos relations avec lui et avec les autres humains.
Dieu est aussi celui qui a le pouvoir exécutif, car il s’est donné les moyens que la loi soit connue, diffusée, intégrée, appliquée, etc.
Dieu est enfin celui qui a le pouvoir judiciaire, car, in fine, il est présenté la plupart du temps comme le juge céleste, celui qui prodigue de justes jugements pour son peuple.

Parler de la justice de Dieu, c’est donc dire qu’il y a un certain nombre de règles spirituelles qui sont à l’œuvre dans la création.
Par exemple, pour ceux qui ont reconnu Jésus comme le Messie, il est une règle fondamentale de cette justice de Dieu, c’est la règle du pardon. Le pardon n’est pas une option, c’est une obligation dans le cadre de la foi chrétienne. Il ne peut être réclamé de justice auprès du Seigneur tant que nous n’avons pas fait notre part. Et notre part passe par l’acceptation que le pardon est une condition sine qua non de la condition chrétienne. C’est une loi très importante dans le Royaume de Dieu.

Parler de justice de Dieu c’est aussi se rappeler, pour le dire d’une autre façon encore, que le Seigneur ne fonctionne pas, dans la loi du Royaume, selon le principe de la rétribution proportionnelle. Dieu n’a pas les mêmes critères que nous. Les juges de ce monde ont des grilles d’évaluation qui permettent de dire si un acte à juger est de l’ordre du délit ou du crime, s’il est à juger en instance ou aux assises, etc. D’ailleurs les juges d’aujourd’hui sont totalement prisonniers de l’emballement de la justice, c’est-à-dire de la question procédurale. Il y a de plus en plus d’affaires qui ne sont pas jugées sur les faits, mais sur le seul registre du respect de procédures, qui sont devenues tellement compliquées qu’on a parfois besoin de spécialistes pour pouvoir assurer qu’un procès s’est bien déroulé comme la loi le demande. La justice s’alimente d’elle-même, elle se gonfle de sa propre production de jurisprudence.
Pas de risque d’être débouté de ses droits sur la seule faute de procédure dans le Royaume de Dieu, car la règle y est simple : seuls les faits comptent, certes, mais Dieu ne juge pas selon des grilles de lectures préétablies. Il a une parole sur mesure, car chaque personne a droit à une parole personnelle, nominative, unique dans ses attendus, surprenante d’inattendus.
Et c’est déroutant au point de faire dire à bon nombre d’entre nous que Dieu n’est pas juste car nous voudrions qu’il soit dans la rétribution, entendez que les mesquins soient malades et meurent, et que les gens sympathiques soient florissants. Mais la justice de Dieu ne fonctionne pas dans ce sens. Imaginez que dans un procès de ce monde, ce soient les accusés qui disent quelles doivent être l’issue des procès ? Ce serait un vrai délire ! Imaginez des procès populaires où ce serait le peuple qui proclamerait les sentences, sans aucun critère pour le jugement, ce serait effrayant. Et vous demandez que Dieu fasse fonctionner les règles que vous, vous voulez fixer ? Et vous demandez que Dieu punisse le méchant ? Mais qui est le méchant ? Que savez-vous de sa méchanceté ? La méchanceté ne vous concerne-t-elle jamais, vous aussi ? Ah !

Dans le cadre du combat spirituel, qui n’est pas un combat contre des personnes, mais bien contre des réalités oppressantes, nous devons porter la cuirasse de la justice non pas pour nous ériger en justiciers ou établir des lois selon notre bon vouloir, mais simplement pour accueillir ces lois particulières du Royaume qui sont sensées régir notre façon d’être dans la foi.
Il s’agit bien d’une cuirasse car la justice de Dieu protège ceux qui s’y soumettent. Elle est difficile à admettre, cette justice, mais pourtant elle est tout à fait cohérente et très bien expliquée dans les Ecritures.
C’est cette justice qui produit des lois déroutantes comme le fait que celui qui a travaillé onze heure touche le même salaire que celui qui n’a travaillé qu’une heure… On est bien d’accord ce serait injuste dans la réalité matérielle, mais c’est juste dans le monde spirituel.
C’est cette justice qui a posé la loi comme quoi nous sommes là pour bénir et non pour maudire, et que notre devoir de bénédiction ne se limite pas qu’à ceux que nous aimons ou à ceux que nous supportons gentiment, mais bien à tous, y compris à ceux que nous serions prêts à qualifier d’ennemis. Nous devons bénir et non maudire nos ennemis, c’est une loi spirituelle qui fait partie de la justice de Dieu.

Toutes ces lois sont là pour nous protéger fondamentalement. Elles sont une vraie cuirasse dans le combat spirituel, car l’ennemi de nos âmes cherche justement à nous mettre en défaut, à montrer à Dieu, comme il avait tenté de le faire avec Job, que nous n’avons pas du tout envie de respecter les lois du Royaume, que notre faiblesse fait de nous des lâches enclins à toujours accepter les compromissions de l’adversaire plutôt que les bénédictions de celui que nous appelons Seigneur et maître. La cuirasse de la justice protège notre cœur et protège notre souffle, elle nous assure de la vie, d’être des vivants pour toujours.

Il s’agit, à nouveau, d’une arme de défense car Dieu ne nous demande pas d’être des tueurs, mais il veut que nous soyons lucides par rapport à la vie qui reste une bataille, une bataille dans laquelle il veut nous couvrir, nous revêtir de tout ce qui pourra être utile à notre préservation.
Il est frappant de voir que deux images sont utilisées pour parler de la justice dans les épîtres de Paul. Il y a la cuirasse de la justice qui nous permet de passer les combats de la vie spirituelle. Et il y a la couronne de justice, qui est cette récompense placée sur la tête de ceux qui ont bien utilisé la cuirasse de la justice tout au long de leur vie, qui ont combattu le bon combat, qui ont gardé la foi.

C’est comme si le métal de la cuirasse de ces jours était destiné à être fondu en couronne pour le jour où nous nous retrouverons auprès de Dieu dans sa grâce, puisqu’Il en a décidé ainsi.
Que Dieu vous garde et qu’il vous conduise dans une vie juste selon sa justice.

Amen

© Gilles Boucomont pour Eglise réformée du Marais : http://Temple.duMarais.fr

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