La ceinture de la vérité (Ephésiens 6) - 2/6

Le combat spirituel
Parce que de nombreux chrétiens se retrouvent aujourd’hui dans des combats dont il ne comprennent pas toujours les enjeux, il nous a semblé urgent de revisiter le sixième chapitre de l’épître de Paul aux Ephésiens.
Que Dieu permette au lecteur de saisir la nature de certaines batailles de la vie, afin d’être témoins des délivrances auxquelles le Seigneur nous appelle, et de quitter un christianisme de confort pour entrer dans la paix d’un christianisme de combat.

Textes bibliques à lire
Esaïe 11:1-5
Esaïe 59:12-17
Ephésiens 6:10-18

Voici donc une deuxième arme parmi les six que l’apôtre Paul décrit comme les armes spirituelles du chrétien. Ne nous y trompons pas, c’est bien pour un combat spirituel qui se joue uniquement dans la prière que nous incitons à utiliser ces armes. Le texte lui-même anticipe et interdit toute prétention à une guerre sainte, à une quelconque inquisition, en nous rappelant que nous n’avons pas à prendre d’armes contre l’humain (contre la chair et le sang dit le texte grec), mais bien contre des réalités immatérielles et spirituelles. C’est contre elles qu’il faut déployer toute violence, afin de pouvoir garder pour l’être humain toute la douceur et la non-violence qui doivent présider à nos relations.
Après le bouclier de la foi, voici donc la ceinture de la vérité.

A priori dans notre culture, nous comprenons bien qu’un bouclier, qu’une cuirasse, qu’un casque, qu’une épée soient des armes, mais une ceinture, c’est moins évident. Il faut donc commencer par rappeler quelques fondamentaux historiques.
Le premier est que le pantalon est une invention relativement récente. Quand nous pensons « ceinture » nous pensons à ce qui empêche à un pantalon de tomber par terre. Et beaucoup de nos adolescents jouent d’ailleurs sur cette fonction de la ceinture, puisqu’ils font tout pour porter des jeans taille basse où chaque seconde, chaque frémissement d’une jambe, chaque mouvement de hanche leur fait frôler un péril majeur : se retrouver tout nus dans la cour du lycée. Il faut presque avoir en permanence une main au niveau d’un passant de la ceinture pour empêcher qu’un jeans change de fonction et devienne une chaussette de qualité très médiocre : épaisse et rèche…
La ceinture, dans le Proche-Orient ancien, a une toute autre fonction, puisque personne ne risquait d’y perdre son pantalon, vu qu’il n’y en avait pas… La ceinture a plusieurs attributs.
Tout d’abord elle peut être un attribut d’apparat. Une ceinture, à l’époque, était beaucoup plus large que la nôtre et elle permettait de rivaliser en matière de richesse et de symbolisme social. C’est ainsi qu’utiliser une simple corde était jugé comme un signe de très grande pauvreté.
Même si elle n’était pas utilisée par rapport à un pantalon, la ceinture avait malgré tout pour fonction que la robe, la tunique, ne soit pas trop volante, et qu’à mi-hauteur elle soit tenue pour les jours de tempête.

Mais surtout, la ceinture couvre les reins.
C’est une évidence, mais pour un hébreu, c’est fondamental. Car les reins sont le lieu de la force dans le schéma corporel des enfants d’Abraham. Vous savez que chaque civilisation se représente le corps humain d’une façon différente. Nous avons une conception mécaniste et organique, dans la mesure où nous sommes très influencé par les avancées médicales et la conception anatomiste : un organe, une fonction, un médecin particulier. Les hébreux ne se représentaient pas du tout le corps de cette façon-là et les organes ou parties du corps étaient uniquement des lieux de symbole. C’est un peu comme quand nous disons que le cœur a à voir avec l’amour, alors qu’il n’en est rien, c’est plutôt l’hypophyse qui a rapport avec l’amour. Et pour le cœur, il a à voir avec la pression sanguine exclusivement, et pourtant, le cœur, c’est bien l’amour. Toujours.
Les reins, pour un hébreu, donc, concentrent toute la force d’un humain et ils symbolisent sa stabilité. Couvrir ses reins avec une ceinture de tissus épais ou de cuir, c’est donc protéger sa force vitale.
Pour faire comprendre dans nos catégories modernes le statut de la ceinture, il faudrait, pour les messieurs, évoquer ces ceintures de force que se mettent les haltérophiles pour pouvoir mobiliser toute leur énergie à soulever des masses considérables. Et pour les dames, il faudrait certainement parler de ces ceintures souples et fermes à la fois qui permettent le maintien du ventre au moment de la grossesse.
La ceinture a bien quelque chose à voir avec la force vitale.

C’est dans ce sens que Paul affirme que la ceinture dont on doit entourer ses reins pour le combat de la prière, c’est la ceinture de la vérité.
Mais bon, comme dirait Pilate, qu’est-ce que la vérité ? (Jean 18)
Est-ce que c’est simplement l’absence de mensonge et de tromperie volontaire ? Certainement pas car il nous arrive de nous tromper nous-mêmes et toute bonne foi.
Est-ce que la vérité n’est qu’une affaire de preuves scientifiques ? Sûrement pas, car ce qui est savoir scientifique à une époque est considéré comme une douce fantaisie cent ans plus tard.
Est-ce que la vérité ne serait que la sincérité, le fait de dire les choses comme on les sent ? Vraisemblablement pas non plus, malgré maintenant cent cinquante ans de soupçon systématique sur toutes les affirmations de la foi, de la philosophie, de la pensée, et du reste. La sincérité est intéressante pour le point de vue, mais pas forcément pour la vérité.
Je crois qu’il nous faut avoir la simplicité de nous réapproprier la conception biblique de la vérité, et en particulier celle qui prévaut dans le premier testament. En hébreu, le mot vérité (émèth) vient de la même racine que le mot amen. Et cette racine (aman), évoque tout un registre imagé fondamental et passionnant. Cette racine évoque ce qui est solide, ce qui tient bien, ce qui est ferme et assuré. Cette racine parle de cohérence, de résistance et de robustesse. Elle n’est pas un concept général, car elle évoque, dans cette langue une image bien précise qui est celle de la solidité du lien entre les chameaux dans une caravane. Amen, c’est le cri que le chamelier à l’arrière de la caravane pousse quand tous les chameaux sont bien attachés et que l’on peut partir. Amen veut dire « ça tient bien », on y va. La vérité, c’est donc ce qui est solide comme une caravane dans le désert, ce qui est incassable. Ça bouge, mais ça tient. Et ce mot se traduit aussi en français par fidélité. La vérité, c’est ce qui est fiable, ce qui fait foi. Ce à quoi on peut s’accrocher.
Quand Paul va dire que nous devons avoir la vérité pour ceinture, il est donc bien question de force, comme nous le supposions en rappelant que la force vitale des reins est protégée par une large ceinture.

Il faut avoir les reins solides pour pouvoir combattre le combat de la foi. Et par nous-mêmes nous aurons toujours des problèmes lombaires, nous manquerons toujours de force.
Au chapitre 18 de l’évangile de Jean, Jésus affirmait devant Pilate : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. », et celui-ci répondit : « Qu’est-ce que la vérité ? »
Jésus ne répondra pas à cette question. Nous ne nous y hasarderons donc peut-être pas, sinon pour affirmer tous les sens imagés de ce terme en hébreu : la vérité, c’est une caravane bien arrimée.
La vérité, c’est un linteau de porte (un des sens de la racine aman).
La vérité, c’est une mère nourricière (encore un autre sens).
La vérité, c’est une place de sûreté. La vérité, c’est ce qui tient.
Avoir les reins solides pour le combat de la foi, c’est donc ceindre sa propre vitalité de la force de Dieu, qui est la seule chose vraiment solide qui existe.

Amen

© Gilles Boucomont pour Eglise réformée du Marais : http://Temple.duMarais.fr

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