Le bouclier de la foi (Ephésiens 6) - 1/6

Le combat spirituel
Parce que de nombreux chrétiens se retrouvent aujourd’hui dans des combats dont il ne comprennent pas toujours les enjeux, il nous a semblé urgent de revisiter le sixième chapitre de l’épître de Paul aux Ephésiens.
Que Dieu permette au lecteur de saisir la nature de certaines batailles de la vie, afin d’être témoins des délivrances auxquelles le Seigneur nous appelle, et de quitter un christianisme de confort pour entrer dans la paix d’un christianisme de combat.

Textes bibliques à lire
Psaume 91
Ephésiens 6:10-18

Vous aurez déjà entendu cette expression comme quoi la foi n’est pas un sport individuel mais bien un sport collectif. Ce n’est pas une discipline où l’on peut rester seul. Parce que fondamentalement, le projet de Jésus-Christ est que nous puissions rejoindre les autres.
En reconnaissant Dieu comme notre Père, nous nous reconnaissons au même moment comme ses enfants. Or quand on est enfant, on est une personne, mais on est défini par rapport à sa fratrie. On est un cadet, un aîné, un benjamin. Et quand on est chrétien, on s’aperçoit rapidement qu’on a des frères aînés, des soeurs cadettes, etc.
La foi est un sport collectif car elle est nécessairement vécue en Eglise, elle rassemble au-delà des petits parcours individuels, et même les frères et soeurs qui ont voulu aller faire leur vie au loin doivent un jour ou l’autre revenir à la maison du Père.

Mais la foi n’est pas qu’un sport collectif. C’est aussi un sport de combat.
A ma connaissance, c’est d’ailleurs le seul sport collectif qui soit un sport de combat. D’habitude les sports de combat sont plutôt des sports individuels. Mais là, c’est un travail d’équipe.
Pourquoi un sport de combat ?
Tout simplement parce qu’il serait temps de prendre un peu de recul par rapport à la réalité de notre histoire. Nous sommes au privilège de ne pas avoir connu de guerre sur le territoire métropolitain depuis maintenant soixante ans. C’est une situation tout à fait atypique. C’est une situation rarissime dans l’histoire de notre pays. Elle paraît normale à tous ceux qui ont moins de soixante ans, mais si l’on regarde l’histoire de notre propre pays, et si l’on regarde en parallèle l’histoire présente de la majeure partie des pays du monde, on voit que les longues époques de paix sont de l’ordre de l’exception radicale, et que, malheureusement, la guerre est plutôt la situation qui arrive de façon récurrente. Les bruits de guerre dans les media nous font nous inquiéter, et c’est à juste titre, mais ils nous inquiètent à mauvais escient, dans ce sens où nous sommes des générations trompées à qui l’on a fait croire que la guerre était désormais un impossible, qu’elle était irrémédiablement de l’ordre du passé, alors qu’il n’en est rien.
L’époque est aux bruits de guerre et cela ne peut réjouir personne.
Mais, de la même façon que nous retrouvons une sorte de lucidité par rapport à la fragilité des promesses universelles de paix, ces bruits de guerre que nous entendons doivent nous pousser à refuser que la foi soit présentée comme une sorte de nirvana fumeux, où l’on s’endort dans les odeurs d’encens parmi les roses, les lys et les lotus.
La foi est bien décrite comme une réalité collective et comme une réalité de combat dans la bible. Si nous n’avons annoncer qu’un évangile sucré et douçâtre durant de nombreuses années, c’est simplement parce que les chrétiens se laissaient doucement tromper par les faux-prophètes de la paix et du progrès inéluctables.

Au fil des semaines qui viennent, nous passerons donc en revue plusieurs des armes que le Seigneur a préparées pour le combat de la foi.
Car même au sein des nations les plus sûres, libres et pacifiques, la foi reste un combat. Un combat qui n’a aucun rapport avec une guerre sainte, faut-il le redire encore ? Le combat de la foi n’est pas une guerre aux infidèles, il n’est pas une bataille où l’on s’oppose à des personnes, où l’on lutte “contre la chair et le sang” comme il est dit dans les Ecritures, mais bien un combat contre soi-même, un combat avec Dieu, et un combat contre l’ennemi du Christ — vous l’appellerez comme vous voulez.

La première arme qui se présente à nous est le bouclier. Il est toujours présenté dans les Ecritures comme “le bouclier de la foi”.
La fonction du bouclier est d’être une arme défensive. On ne part pas cogner un ennemi sur un champ de bataille avec son bouclier, ou alors, il faut que la déconfiture soit vraiment imminente. Le bouclier sert principalement, dans le Proche-Orient ancien, à se protéger des flèches, et en particulier des flèches enflammées, qui étaient des armes redoutables à l’époque. Elles avaient pour fonction de mettre le feu au territoire de l’autre, à ses constructions, et de brûler le camp de l’ennemi.
Le bouclier est donc une arme défensive, qu’il soit le gros bouclier romain rectangulaire, métallique et incurvé, ou le petit bouclier rond des fantassins d’Assyrie, fait d’une armature de bois et de peau de chèvre, celui qu’on appelait l’égide dans la mythologie grecque. D’où l’expression « être sous l’égide de » quelqu’un.
La foi est un bouclier nous dit le très beau psaume 91.
Elle est ce que l’on peut utiliser face aux dangers de la nuit, pour boucher et sécuriser l’entrée d’un abri de fortune.
Elle est ce qu’on peut utiliser le jour contre les flèches de l’ennemi. La foi nous protège contre les attaques du jour et les attaques de la nuit.
Vous n’aurez pas forcément été attirés par cela à la lecture du texte biblique, mais la façon dont on parle du bouclier de la foi est tout à fait frappante. En hébreu, effectivement, quand on dit “bouclier de la fidélité”, pour traduire mot à mot, on peut entendre cette expression de deux façons. La première nous vient tout de suite à l’esprit : notre foi nous protège des dangers. C’est assez simple. Si elle peut déplacer des montagnes, la foi peut bien nous défendre de ce qui nous menace. Mais la deuxième façon de traduire cette expression est plus intéressante encore. En effet, le bouclier de la fidélité n’est pas seulement le “bouclier de MA foi”, mais il est aussi le “bouclier de la fidélité de Dieu, de la foi de Dieu, le bouclier de Dieu qui, lui, est fidèle”.
La nuance est de taille. Comment ma foi pourrait-elle me protéger ultimement ? Qu’elle nous protège des dangers intérieurs quand la désespérance rôde autour de notre coeur, quand la tristesse guette au coin de notre vie, quand le découragement tente de passer par la fenêtre après qu’on l’a chassé par la porte, je veux bien. Mais c’est la fidélité de Dieu qui nous protège, c’est la fidélité de Dieu qui peut nous protéger un peu sérieusement. C’est la foi de Dieu, plus que ma foi qui garantit ma sécurité. C’est la fidélité de Dieu plus que ma foi en Dieu qui est le véritable asile.
Depuis soixante ans, parce que nous avons l’insolent privilège de ne pas être en guerre, nous avons voulu décrire la foi comme un processus de paix, de tranquillité, de non-souffrance (philosophes et théologiens parlent d’atharaxie), d’absence de contrariété, etc.
Mais c’est un mensonge. La foi que Dieu nous propose est une foi combattante, une fidélité qui ne se prend pas à hurler “Paix, paix, paix” alors que l’ennemi est en train de piller et conquérir le territoire de notre harmonie intérieure.

Voici la question qui se pose aujourd’hui à notre foi : qu’est-ce que c’est vraiment qu’être en sécurité, être en paix ? Le psaume 91 développe cette thématique d’un bout à l’autre. La paix et la sécurité spirituelles ne consistent pas à dire que foi est un pacifisme irénique, mais elles consistent à prendre les bonnes armes dans les bonnes situations.
Et le bouclier de la foi — bouclier de ma foi et bouclier de la fidélité de Dieu — a pour fonction, non pas de me faire croire que rien ne peut arriver, car ce serait un piètre mensonge, mais de me donner les moyens que rien ne m’arrive quand il arrive quelque chose.
“Même si mille personnes tombent près de toi, et si dix mille meurent à côté de toi, rien ne t’arrivera !” (Ps 91:7). Bien sûr que les catastrophes sont là, mais le bouclier du Seigneur nous protège dans les situations les plus délirantes. Cela ne veut pas dire que nous devenons tout-puissants ou immortels, que la maladie nous évite et que l’adversité n’a aucun droit sur nous, mais cela veut dire que le Seigneur nous donne les moyens de traverser l’épreuve. Nous voudrions que la stratégie de notre existence soit d’être épargnés de toute épreuve, or ce n’est pas le chemin de la fidélité que propose le Seigneur. Le chemin qu’il propose est d’obtenir au jour le jour la force nécessaire pour traverser l’épreuve : passer au milieu de la mer Rouge et pas faire le tour par Carthage, Gibraltar, Marseille, Venise, Athènes et Damas. Le bouclier de la foi permet de traverser le champ de bataille en restant sain et sauf. Il n’est pas une arme qui couvre la fuite de ceux qui refusent de se battre.
“Aucun mal ne peut te toucher, aucun malheur ne peut approcher de ta maison. Le Seigneur donnera l’ordre à ses anges de te protéger partout où tu iras. Ils te porteront dans leurs bras, pour que tes pieds ne heurtent pas les pierres. Tu marcheras sans danger sur le lion et la vipère, tu écraseras le tigre et les serpents. Dieu dit : « Puisqu’il s’attache à moi, je vais le libérer, je vais le protéger, car il connaît mon nom. S’il fait appel à moi, je lui répondrai, je serai avec lui dans le malheur. Je veux le délivrer et je veux l’honorer. Je lui donnerai une vie longue et belle, et je lui montrerai que je suis son sauveur. » Ps 91

C’est bien en Sauveur que le Seigneur agit pour nous car la vie est une bataille qu’il faut mener, pas une responsabilité qu’il faudrait fuir.
Le bouclier de la fidélité est donc une arme essentielle pour notre existence. Sans lui, nous sommes tous nus sur un champ de tir. Sans lui, nous sommes morts. Il nous protège dans toute circonstance. Apprenez son maniement au jour le jour car si vous savez ouvrir les yeux de la foi dans vos réalités familiales et professionnelles, vous allez découvrir qu’il y a de nombreux combats à mener et que le bouclier de la foi est une condition indispensable à votre sécurité personnelle. Il ne vous servira pas à vous planquer et à attendre que ça passe, ou, en tout cas, ce n’est pas sa plus grande pertinence. Il vous servira à rejoindre les fronts essentiels pour vous affairer à être des témoins du règne de paix que le Christ est venu apporter.

On ne construit pas la paix en quittant le champ de bataille, mais en allant affronter la réalité au plus serré, en prenant des risques, en comptant sur le Libérateur qui est venu pour nous sauver.

Amen

© Gilles Boucomont pour Eglise réformée du Marais : http://Temple.duMarais.fr

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