Libéral parce que fondamentaliste

par Antoine Nouis, dans le journal Evangile et Liberté, n° 193 de novembre 2005
Puis-je le confesser ici, je suis fondamentaliste en ce que je crois que la Bible est inspirée jusque dans son moindre petit iota.
Mais parce que je suis fondamentaliste, je suis libéral en ce que ma lecture littéraliste de la Bible me dit que Dieu est toujours au-delà de ce qui est écrit. Parce que je suis fondamentaliste, je suis obligé d’entendre qu’il y a deux récits de Noël, deux versions des béatitudes, du Notre Père, du dernier repas de Jésus, de l’Ascension et la Pentecôte de même qu’il y avait deux récits de création, des dix paroles et de l’histoire d’Israël. Parce que je suis fondamentaliste j’entends qu’un seul évangile c’est trop petit pour me dire Jésus-Christ, c’est pourquoi la Bible en a retenu quatre.
Cette association entre littéralisme et libéralisme m’a été soufflée par un ami rabbin. Un jour que j’étais dans son bureau, je l’ai interrogé :
- On est entre nous, les micros sont fermés et je ne te dénoncerai pas : crois-tu que la Torah a été écrite par Moïse ?
Il a éclaté de rire en disant que bien sûr que non.
- Alors pourquoi le dis-tu ?
- Pour dire deux choses. D’abord je reçois la Torah avec la même autorité que si elle avait été écrite par Moïse. Ensuite, je dis : la question de savoir qui a écrit la Torah ne m’intéresse pas, ce qui m’intéresse c’est ce qu’elle me dit, à moi, aujourd’hui, jusque dans ces moindres détails.
Je signe pour cette herméneutique là. Je me fiche de savoir comment le monde a été créé, si Joseph et Marie se sont connus à Nazareth ou Bethléem et si les disciples ont reçu le Saint-Esprit le jour de Pâques ou cinquante jours après ; ce que je sais, c’est que les deux récits de création, de Noël et de Pentecôte ont quelque chose de fondamental à dire à ma foi et qu’en cela ils sont paroles de Dieu.

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