Sauvés ! (2) - Dieu nous sauve de la mort

Dieu sauve
Nos contemporains sont sûrs que la question des origines est une préoccupation théologique première pour les Juifs et les chrétiens. Le texte de la Genèse est bien connu de tous, même au-delà du cercle des croyants. Pour autant, la question des origines n’a pas beaucoup préoccupé le peuple de Dieu à travers les siècles, mais bien plutôt la question de la survie, du salut : “Comment fait-on pour être sauvé ?”. Nos contemporains se demandent plutôt : “De quoi Dieu nous sauverait-il ?”.

Texte de référence : Nouveau testament, Jean 11:1-47
Prédication donnée l’été 2005 à l’Eglise Réformée du Marais

Prédication

Soyez rassurés, chers consommateurs, la Science travaille pour vous et on est à deux doigts d’avoir trouvé le remède miracle au vieillissement ; ce n’est qu’une question d’années. Mélatonine, phytonutriments, oméga 3 sont vos alliés pour gagner l’éternité. C’est pour demain.
Oui, depuis la Grèce antique en passant par tous les ésotérismes, et jusqu’au scientisme actuel, l’éternité, c’est très proche, c’est pour demain.
C’est certainement en cela que la parole de Jésus-Christ vient en rupture par rapport à toutes les sagesses de ce monde. Ne serait-ce que parce que dans cette parole claire et accessible, on découvre que l’éternité n’est pas proche, qu’elle n’est pas que pour demain, mais qu’elle est là ici et maintenant. Si l’éternité commence demain, c’est qu’elle n’est pas éternelle. Comme le disait le grand théologien Woody Allen, « l’éternité, c’est long, surtout vers la fin ». Mais au fait, pourquoi l’éternité ne serait longue que vers la fin, et pas aussi vers le commencement ? Voici donc la bonne nouvelle tout à fait nouvelle et tout à fait bonne que Jésus-Christ est venu apporter, l’éternité, c’est déjà là depuis longtemps, et si ce n’est pas maintenant, ça ne sera jamais.

Mais, au diable les propos métaphysiques et voyons comment Jésus nous fait découvrir cette réalité d’une éternité concrète et présente dans l’expérience faite à Béthanie auprès de la famille de son ami Lazare et de ses sœurs, Marie et Marthe :
Les trois amis de Jésus, les trois frères et sœurs, sont des Juifs pieux qui veulent bien faire et vivre leur foi dans le respect des valeurs qui leur ont été transmises. Ils savent que, comme on le leur a enseigné à la synagogue, il y aura un jour où tous ceux qui sont mort seront promis à la résurrection. Nous oublions souvent que cette croyance en une vie après la mort, en une résurrection, n’est pas une originalité chrétienne. Elle était déjà au cœur de la foi de l’Israël d’après l’exil, hormis quelques groupes qui n’y croyaient pas. Et encore aujourd’hui, Juifs et musulmans croient en la résurrection.
C’était donc aussi le credo de Marie et Marthe, qu’elles affirment face à Jésus alors que leur frère vient de mourir. Elles le savent : Dieu nous sauve de la mort.
Mais cela ne suffit pas à consoler leur cœur attristé. Car non seulement cette mort attriste leur cœur, mais elle doit préoccuper aussi leur esprit, puisqu’il semble que Lazare était le seul homme de la maison et qu’elles ne sont peut-être pas mariées. Que vont-elles pouvoir devenir ?
La mort nous laisse avec des tas de questions qui ne sont pas nécessairement spirituelles et désincarnées. Il n’y a pas à se culpabiliser d’avoir des préoccupations matérielles dans ces moments. Un deuil n’est pas plus beau ou plus vrai s’il n’est fait que d’affects. Alors la résurrection au dernier jour ne suffit pas à régler les problèmes de Marie et de Marthe, pas plus qu’elle ne semble apaiser leur cœur. Ce n’est que la parole et le geste de Jésus qui vont donner sens à une expérience jusque là destructrice. Car la résurrection comme doctrine, la résurrection comme idéologie ou comme dogme n’est-elle pas finalement une piètre consolation religieuse comme en prodiguent l’ensemble des spiritualités de ce monde ? N’est-elle pas un opium pour le peuple ? Cette analyse est juste, elle est un calmant, mais qui ne calme manifestement rien.
C’est tout simplement que la résurrection dont Jésus veut nous parler ne concerne pas une éternité lointaine qui commencerait demain et qui serait longue vers la fin. La résurrection dont Jésus est venu parler est une irruption de l’éternité dans le présent. Ce n’est pas avec des concepts que l’on console, mais c’est avec de l’amour. Ce n’est pas avec des vérités philosophiques que l’on retrouve de l’espérance, mais par une qualité de présence au monde que Dieu seul peut nous donner. L’éternité, allons-nous découvrir, n’est pas une question de durée, de longueur ou de quantité mesurable. L’éternité est une question qualitative. Et c’est en cela qu’elle est faite pour ici et maintenant.

Car la résurrection n’est pas un discours de consolation, mais une pure folie pour tout esprit sensé : Dieu nous sauve de la mort après la vie, mais il nous sauve aussi de la mort ‘avant la mort’. En faisant sortir Lazare du tombeau, Jésus manifeste cette irruption de la vie au milieu de notre mort. Pas seulement notre mort pour demain, mais notre mort quand elle est là aujourd’hui. La mort de demain et l’éternité de demain ne sont pas notre affaire, elles regardent le maître de demain qui est Dieu. Ce qui nous concerne, c’est la mort d’aujourd’hui et l’éternité d’aujourd’hui. Et c’est Jésus qui détient les clefs de leur irruption. « Dieu sauve de la mort » n’est pas une promesse, cela doit être notre quotidien :
Dieu sauve Lazare avant sa mort finale (car Lazare a aussi fini par mourir).
Dieu sauve Lazare de la mort qui vient s’immiscer en lui avant l’échéance fatale.

« Tremblez, mélatonine, phytonutriments, oméga 3, car vos promesses ne seront pas tenues. » L’homme ne détient pas les clefs de la vie éternelle. Seul l’homme Jésus les a eues en main. Et Lazare l’a expérimenté.
Dieu nous sauve de la mort après la vie, il nous sauve de la mort avant la mort, mais la découverte qui peut nous apporter plus qu’une consolation, qui peut nous faire accéder à une grande joie dès à présent, c’est que Dieu nous sauve de la mort au cœur de la vie. Ce texte ne nous parle pas que de la résurrection de Lazare. J’espère que vous pourrez le relire chez vous. Il nous parle de Jésus ressuscité et de Lazare ressuscité, mais il nous parle encore d’autres résurrections. Il nous fait assister à la résurrection de Marie et à celle de Marthe : ce sont les deux sœurs aussi qui sont ressuscitées. Ce sont elles aussi qui passent de la mort à la vie, car la mort n’est pas qu’une question de putréfaction chimique, c’est aussi une question de putréfaction mentale et spirituelle. Et Marie et Marthe n’étaient pas vivantes tant qu’elles n’étaient pas convaincues de cette irruption dans l’aujourd’hui d’une vie que Dieu veut éternelle. Nous ne voulons pas de la vie future des bonimenteurs, mais bien de la vie du Royaume qui a déjà commencé. Et nous la voulons tout de suite.
A Béthanie c’est une vraie réaction en chaîne, comme un jeu de dominos que l’on doit faire tomber.

La présence de Dieu ressuscite Jésus lui-même en le faisant passer des pleurs à la confiance.
Puis la présence de Dieu ressuscite Lazare.
Jésus sort du tombeau des larmes. Lazare sort du tombeau des bandelettes.
Puis c’est au tour des deux sœurs de sortir du tombeau de leur croyance qui n’est pas confiance mais théorie métaphysique. Et ce n’est pas fini !
C’est au tour de l’évangéliste Jean de ressusciter en étant tellement joyeux de cette irruption de la vie dans la morbidité de ses jours qu’il place ce texte comme pilier central de son évangile, au chapitre 11. Et ce n’est pas fini, dominos, domini, dominum : le Seigneur ressuscite d’autres encore, (on en est à 6 !).
Vous ! moi ! Ressuscités, sauvés de la mort par la joyeuse assurance que la vie de Dieu est là, au centre, au cœur, d’une façon irrémédiable !

En fin de compte, il n’y a que ça qui intéresse le monde qui nous entoure, de savoir que quelque chose de la vie, irrémédiablement, en Dieu, obtient la victoire sur la mort dans toutes nos réalités contradictoires et brouillées.
N’en déplaise à Péguy, « la mort n’est pas rien » et croire qu’il ne s’agit finalement que d’un sommeil est un des pièges dans lesquels toutes les générations sont tombées. Même les disciples sont tentés de croire cela. C’est la réalité de la mort et sa dureté qui font de la résurrection quelque chose de réel et d’inébranlable. En effet qu’y aurait-il de triomphal à réveiller quelqu’un qui ne dort que d’un œil ?
La mort reste terrible. Mais elle n’est plus éternelle.
Dieu est venu à bout de « l’éternité de la mort ».
Il l’a remplacée par l’éternité de la vie. Laissons tomber l’« immortalité de l’âme » qui n’est pas du tout biblique : c’est un dogme tout à fait hellénistique. Tout en nous est mortel, c’est pour cela que nous avons tellement besoin de Dieu, pas simplement pour notre corps, notre âme ou nos cœurs, mais pour tous les registres mortels de notre existence, y compris nos relations et nos entreprises.

Cette vérité est incroyable, je l’admets. Elle est contraire à tout bon sens. Elle va à l’encontre de toutes les sagesses, mais tant pis.
C’est parce que cette réalité de la victoire de la vie sur la mort est incompréhensible et inacceptable pour la raison que l’on a fait mourir Jésus. C’était tellement insupportable qu’il a fallu qu’il paye pour l’affront fait aux lois de l’évidence et à la théologie naturelle. C’est pour cela que Jésus est mort. C’est pour avoir proclamé la victoire de la vie que Jésus est mort. Et c’est aussi pour cela que Dieu l’a fait passer de la mort à la vie. Parce que la vie est toujours victorieuse, malgré toutes les morts et tous les désirs de mort qui tombent sur nous. C’est pour avoir dit que la vie est victorieuse que Jésus est mort, et c’est pour cela qu’il est vivant. Afin que nous ayons la vie. Afin que j’aie la vie, afin que tu aies la vie.

Maintenant et toujours ! Amen !

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