Vu au Liban

Voici quelques lignes que j’ai écrites au tout début du conflit libanais, un mois après avoir moi-même visité ce pays fin mai. J’entends trop de bêtises dans les medias français, y compris confessionnels, pour me taire. Il s’agit d’une réponse faite à un ami qui ne chargeait la balance des torts que du côté d’Israël.

J’étais donc il y a quelques temps dans un bastion du Hezbollah à Baalbek.
Cette zone est complètement hors de contrôle de l’état libanais. J’en veux pour preuve que sur la route qui mène de Beyrouth à Damas, il y a un endroit où l’on passe une sorte de porte, matérialisée par un portique sur la route, et qui, dans la quasi totalité des pays arabes, signifie un changement de territorialité et d’autorité. Ce portique est jaune et vert, couleur du Hezbollah, et les portraits des imams pro-iraniens y trônent (y compris, tout en haut Khomeini). Le message est clair : on n’est plus là sous l’autorité du gouvernement libanais.
Ces mêmes phénomènes d’extra-territorialité se retrouvent dans toutes les zones de forte présence du Hezbollah. Quand on arrive dans ces endroits avec un faciès d’européen, on est pris à parti par des vendeurs de tee-shirts à l’effigie du Hezbollah qui font une pression étonnante pour qu’on achète ces tee-shirts, dans une sorte de version touristique du terrorisme. Surprenant.
Il est donc très clair que le Liban n’est pas complètement un état souverain, et qu’il est à la merci de plusieurs puissances : palestinienne, syrienne, iranienne, mais aussi française, et émirate.
La surpopulation palestinienne est un problème qui n’est absolument pas réglé et qui semble ingérable. La ville de Tripoli, tout au nord du Liban, a vraisemblablement été bombardée d’une part parce qu’il s’agit d’un port, mais surtout parce que toute la vieille ville est un immense camp de réfugiés palestiniens.
Le retrait des syriens s’est fait progressivement, mais R. Hariri a payé de sa vie ce mouvement. Personne ne doit oublier que l’attentat à la voiture piégée est une des premières causes de mortalité au Liban ! Les syriens sont donc partis, mais il reste une influence indicible, pour deux raisons : c’est le même peuple au sens ethnique que les libanais de souche, et d’autre part le Liban est peuplé de nombreuses familles syro-libanaises, issues du refuge des régnants du régime pré-Hafez el Hassad.
L’influence iranienne est criante pour ce qui est des baronnies du Hezbollah, je n’y reviens pas.
L’influence française est indéniable. Culturellement mais aussi diplomatiquement, et le leadership d’un Chirac pour la militance en faveur d’un couloir de sécurité est significatif.
Quant aux émiratis, ce sont eux qui “arrosent” de pétro-dollars une croissance notamment immobilière parfaitement artificielle. Beyrouth est une ville qui a, par exemple, décidé que tous les décombres de la guerre seraient ramassés et mis dans la mer. Ainsi une presqu’île de 2 km carrés a été créée de toute pièce dans la mer avec les débris des immeubles détruits depuis la guerre civile. Et cette terra incognita a été affectée à la création d’une gigantesque station balnéaire et hôtellière avec une sorte de parc d’attraction ultra surveillé remplis d’hotels à mille dollars la nuit, essentiellement pour les émiratis et leur repos.
Alors tous les ingrédients sont là pour une guerre, même si Israël n’existait pas. En quittant le pays, je disais à mon épouse qu’il ne faudrait pas quelques mois pour qu’une nouvelle guerre éclate, tellement le fossé entre nouveaux riches et anciens pauvres est abyssal. C’est sur ce terrain-là aussi que travaille le Hezbollah, qui fait tout un travail social remarquable avec un sous-prolétariat complètement esclave d’une classe richissime (où les “chrétiens” sont fort bien représentés, et parmi les gens les plus méprisants pour les “petits” que j’aie jamais vus).
Enfin, tout porte à croire aussi que les prétendus motifs d’entrée en guerre présentés par la voix officielle de l’Etat d’Israël ou encore par les médias, ne soient qu’un prétexte pour une autre raison : couper la tête de l’exécutif du Hezbollah et détruire des caches d’armes, pourquoi pas nucléaires, qui menaceraient terriblement l’intégrité et la sécurité du peuple israélien.
Donc, tout en condamnant sans relâche les frappes scandaleuses faites par l’Etat d’Israël, notamment sur des zones civiles ou sur des convois humanitaires, je ne peux pas admettre l’univocité des voix médiatiques. D’accord sur la disproportion des pertes humaines, c’est vrai.

Qu’avons-nous dit quand des centaines de milliers sont morts au Sud Soudan ?
Qu’avons-nous fait quand des millions son morts au Rwanda ?
C’est plus grave ? moins grave ? aussi grave ?

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