Servir, et non se servir, ni asservir

Notes pour une prédication sur Marc 10:35-45 donnée au Temple du Marais le 22 octobre 2006. Chacun rétablira le style dans les passages qui ne sont pas rédigés.

Prédication
On ne peut pas dire à proprement parler que les disciples soient des imbéciles, mais pour employer un langage politiquement correct, ils sont tout de même un peu « mal comprenants ».
Ils ont tout compris de la gloire de Jésus. Ils ont tout à fait saisi que cet homme exceptionnels qu’ils suivent n’est pas seulement quelqu’un de brillant, mais qu’il est porteur de la lumière de Dieu. Et dans le récit de Marc ils viennent donc demander d’être associés à cette gloire. Dans le récit de Matthieu, c’est encore plus drôle parce que c’est leur mère qui vient le demander pour eux. Un petit piston céleste, Jésus, s’il-te-plaît, pour avoir une bonne place, à droite et à gauche.
Ils veulent être associés à cette gloire et bizarrement Jésus ne les rembarre pas d’office : il leur dit bien qu’ils auront eux aussi une coupe et un baptême, OK.
Mais ils veulent être à sa droite et à sa gauche
Ils veulent régner, siéger, juger, ordonner. Pas OK

Le plus surprenant dans le récit, c’est que Jésus se plie à leur demande : il ne veut pas seulement leur raconter qu’il est là pour servir, mais il veut le leur montrer concrètement. Ils lui demandent quelque chose, il les sert.
Mais leur demande est scandaleuse : fais ce que nous te demanderons
Jésus s’y soumet pour montrer ce qu’il dit
Cohérence entre l’agir et la parole
Leur demande consiste à « se servir » de la gloire de Jésus
Ils veulent leur part du gateau.
Pourtant il y a bien un commandement qui nous dit de ne pas utiliser le nom de Dieu en vain, ce qui signifie aussi de ne pas se servir de Dieu, de ne pas inverser les rôles dans la mesure où c’est nous l’outil entre les mains de Dieu et non pas Dieu qui serait instrumentalisé entre nos mains.

C’est une des choses les plus compliquées à comprendre spirituellement que d’assumer qu’on ne soit pas au centre de sa propre spiritualité. Tout nous conduit à croire le contraire et le fait d’être dans une société où les services à la personne sont devenus l’activité principale nous fait croire que nous sommes bien au centre du monde. Dans le même ordre d’idée, une certaine vulgarisation de la pensée de Freud a renforcé les mécanismes d’un narcissisme qui n’a pourtant pas beaucoup besoin d’être arrosé pour pousser et atteindre une belle taille…

Servir = se décentrer. C’est inverser les logiques du monde. La plupart du temps on est éduqué, on fait des études dans le but principal d’avoir globalement plus de gens en dessous de soi que de gens au-dessus de soi dans la hiérarchie de l’entreprise ou de l’institution qui nous emploie. On structure donc les 25 premières années de sa vie dans une logique de compétition qui fait qu’on doit être le premier ou le vainqueur des autres.
La venue de Jésus a eu pour but de nous rappeler de la part de Dieu que nous n’avons pas à considérer les autres comme des concurrents, pour ce qui concerne notre identité profonde en tout cas. Bien sûr nous sommes toujours contraints à concourir, parce que nous ne vivons pas hors du monde, mais nous ne faisons pas cette démarche dans le but d’obtenir des satisfactions narcissiques. S’il y a une quelconque gloire à obtenir elle ne nous revient pas ultimement, mais à celui à qui nous sommes soumis, à savoir Dieu. Nous avons fait ce que nous pouvions faire, nous avons essayé de tirer le meilleur de nous mêmes, mais ce meilleur, qui l’avait placé en nous depuis longtemps ? Est-ce nous-mêmes ? Donc, quoi qu’il arrive, nous sommes motivés à être dans les concurrences du monde, car c’est simplement l’occasion que le monde connaisse la gloire de Dieu, cette gloire de Dieu pouvant devenir lisible dans nos vies.
Nous sommes donc, à cause de Christ, plus enclins au service qu’aux asservissements qui sont la méthode conventionnelle d’administration des relations dans le monde.
Oui, l’autre est central. Tout autre, le prochain et Dieu. L’autre est central et cela m’apprend à me décentrer de moi-même. L’autre est au cœur de ma spiritualité, car le but de ma prière et de mon compagnonnage avec Dieu n’est pas le face-à-face solitaire et mystique avec le Tout-Puissant, mais bien l’incarnation continuelle de ce choix que Dieu a fait d’être au service des hommes alors que la logique voudrait que les hommes soient à son service.
C’est pour ça que l’on « sert » Dieu et que l’on « sert » le prochain.
Luther dira : Le chrétien n’est l’esclave de personne mais il est le serviteur de tous.
Le monde attend un Dieu au service de son confort et des humains asservis à notre autorité ?
Christ nous propose d’être esclaves volontaires de Dieu et serviteurs de tous, voilà notre destinée profonde.
Amen

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