Ce qui est donné, ce qui est à faire

Prédication donnée au temple du Marais le 14 janvier 2007

Jean 13:34-35 (Traduction Segond)
Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres.

1 Corinthiens 12:1-11 (Traduction Français Fondamental)
Frères et soeurs chrétiens, au sujet des dons de l’Esprit Saint, je ne veux pas que vous restiez ignorants. Autrefois, vous ne connaissiez pas encore Dieu. Vous le savez, vous étiez entraînés vers les faux dieux qui ne parlent pas, vous ne pouviez pas leur résister. C’est pourquoi je veux vous faire savoir une chose: si quelqu’un parle avec l’aide de l’Esprit de Dieu, il ne peut pas dire: « Que Jésus soit maudit ! » Et sans l’aide de l’Esprit Saint, personne ne peut dire : « Jésus est le Seigneur. »
Oui, il y a des dons différents, mais c’est le même Esprit qui les donne.
Il y a des façons de servir différentes, mais on sert le même Seigneur.
Il y a des activités différentes, mais c’est le même Dieu qui les produit toutes en tous.
Chacun reçoit le don de montrer la puissance de l’Esprit Saint, et cela pour le bien de tous. L’un reçoit de l’Esprit le don de parler avec sagesse, l’autre reçoit du même Esprit le don de faire connaître Dieu. Un autre reçoit de ce même Esprit le don d’une foi très solide, un autre reçoit de cet unique Esprit le don de guérir les malades. Un autre peut faire des actions extraordinaires, un autre peut parler au nom de Dieu, un autre sait faire la différence entre ce qui vient de l’Esprit Saint et ce qui ne vient pas de lui. Un autre peut parler en des langues inconnues, un autre peut les traduire. Mais tout cela, c’est le seul et même Esprit Saint qui le rend possible. Il distribue ses dons à chacun comme il veut.

Prédication
Paul est un homme très préoccupé par le bon fonctionnement des communautés chrétiennes. Par-dessus tout il est soucieux que leur témoignage visible soit à la hauteur de la parole qu’ils annoncent. Il n’est pas le seul : Jean avait le même objectif quand il rappelait une parole du Christ : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples. »
Quoi de plus pénible, effectivement que de rejoindre un groupe humain qui a tout misé sur la question du sens, des idées, d’un idéal, et de s’apercevoir qu’il s’agit d’une supercherie, d’une hypocrisie. Sans un amour qui transparaît concrètement, comment croire à la parole d’amour portée par les disciples de Jésus-Christ ?
Le Seigneur attend donc de nous une cohérence entre nos paroles et nos actes. Ou plutôt, pour être plus précis, il attend une cohérence entre Sa parole et nos paroles, Ses actes et nos actes, Sa parole et nos actes. La nuance n’est pas anodine car il ne s’agit pas seulement d’une fidélité à soi-même mais bien de la fidélité à quelqu’un qui nous a précédés.
Nous sommes dans un environnement où l’authenticité est devenue une valeur absolue. Il est tout à fait décent d’interviewer quelqu’un qui dit que vous ne méritez pas de vivre, du moment qu’il le dit sincèrement. Et les médias cultivent, avec notre assentiment tacite, le jeu des caricatures, essayant de trouver des personnes qui parlent sincèrement, peut-être, mais qui ont été choisies d’avance parce qu’elles mobilisent des stéréotypes et des idées toutes faites qui vont formater et reformater sans cesse une même vision du monde. C’est le grand classique du jeune rebelle qui fustige une société du tout-économique, et qui brandit sur son tee-shirt une marque d’une des firmes les plus riches, les plus puissantes et oppressantes du monde.
Alors brisons tout de suite l’incohérence qui fait que nous avons dit au début du culte que nous étions des frères et des sœurs alors que nous ne connaissons peut-être même pas le nom du frère ou de la sœur qui est à côté de nous. Comment pourrions-nous continuer à dire que nous sommes frères et sœurs dans ce cas ?
[Les gens se présentent]
Le Seigneur nous invite à être plus cohérents. Difficile de l’être jusqu’au bout, car à partir moment où nous vivons dans cette partie du monde, dans l’hémisphère nord, nous sommes déjà en compromission dans une répartition des richesses qui fait que nous sommes parmi le cinquième le plus riche de l’humanité, quand bien même nous serions parmi les pauvres de ce pays.
Pour autant, dans la mesure de ce sur quoi nous pouvons influer, Paul nous invite à ne pas rester ignorants, à ne pas être des gens qui font « comme si », mais plutôt à devenir des personnes qui se battent « même si »… Même si c’est difficile que notre parole et nos actes soient bien calés, nous ne pouvons pas nous comporter comme si nous étions sous l’autorité d’un autre dieu que le Père de Jésus-Christ.
Un des objectifs que le Seigneur a fixés à ses disciples dont nous sommes, c’est donc de rendre sa parole d’amour visible dans le réel de nos relations. Mais c’est aussi, selon l’enseignement de l’apôtre Paul, d’administrer, comme nulle institution ne saurait le faire, les questions de l’unité et de la diversité. Il y a une unité nécessaire de la communauté chrétienne — et Paul est toujours préoccupé avant tout par la cohérence de la communauté locale. L’unité de l’Église locale est une image pour le monde extérieur de l’harmonie à laquelle le Seigneur appelle toute créature humaine. Ce n’est pas pour rien qu’il prendra plus loin l’exemple du corps humain pour décrire l’Église. Comment un corps pourrait-il se dissocier sans que cela soit immédiatement signe de mort ? Une communauté vivante est une communauté unie. Et cela ne peut pas être une unité forcée, mais bien une unité reçue par grâce.
Pour autant, ce n’est pas une collectivité fusionnelle où tout serait identique, où tous seraient pareils. C’est parce que le même Dieu, le même Esprit-Saint, donne, agit et produit toute chose en chacun, que l’unité de l’Église résiste. Ce n’est pas par notre propre force ou notre agitation, mais par notre capacité à recevoir de Dieu notre unité.
Tout cela pourrait ressembler de près à un traité de management de collectivités : “Il faut savoir équilibrer la tension qui demeure entre la nécessité d’être ensemble et la nécessité d’être différents, pour être vraiment créatifs…”

Mais ce serait oublier le cadre dans lequel Paul énonce ses propos ! Le dernier tiers de l’épître au Corinthiens est centré sur la question des dons du Saint-Esprit. Paul ne parle pas de la gestion des ressources humaines de l’Église. Il parle bien de la façon dont nous recevons les choses de l’Esprit.
Nous avons une étonnante capacité à séculariser ces textes, à en faire de la littérature. C’est parce que nous avons du mal à accepter que Dieu pourrait nous donner, concrètement, des choses qui pourraient nous surprendre. Cette capacité à transformer des textes très spirituels en de la littérature tout à fait banale est étonnante. J’en veux pour preuve l’utilisation qui est faite dans les mariages du chapitre 13 de l’épître aux Corinthiens, chapitre qui suit notre lecture du jour. On aime ce texte : l’amour est patient, il est plein de bonté, il n’est pas envieux, il ne se vante pas… C’est beau ! Et la mariée revêt son plus beau sourire. Sauf que l’amour dont on parle dans ce texte n’est pas l’amour conjugal ! Paul décrit au chapitre 13 de son épître le don d’amour, le don de l’amour tel que le Saint-Esprit le donne. On n’est pas du tout dans un registre psycho-affectif, mais bien sur une question de spiritualité. Paul vient de faire la liste de tous les charismes, tous les dons du Saint-Esprit, ces choses miraculeuses qu’il nous est donné de faire quand nous nous ouvrons profondément à la présence de Dieu. Et il dit que la voie suprême, au sommet de tous ces dons, c’est l’amour.
De la même façon que nous ne voulons pas confondre l’unité chrétienne et une espèce de fusion malsaine, nous devrions faire attention à ne pas confondre les dons du Saint-Esprit avec, par exemple, les talents.
Le français nous induit en erreur car on dit de quelqu’un qui a été richement doté dans un talent particulier : il a un don pour… les langues ou que sais-je encore. Le talent est une aptitude, une disposition favorable qui semble venir du fond de notre patrimoine génétique ou personnel, et qui nous rend particulièrement disponible et doué pour telle ou telle activité. Mais un talent est quelque chose qui est en nous depuis toujours et que l’on peut faire cultiver, mais qui ne se reçoit pas. Un don du Saint-Esprit est quelque chose qui se reçoit. Et c’est même plus que cela, c’est quelque chose qui ne peut que se recevoir. Si quelqu’un dit qu’il “a” le don de prophétiser, de parler au nom de Dieu, il se trompe lui-même et il trompe les autres. Il a reçu ce don, une fois, pour un temps, mais c’est l’Esprit-Saint qui donne cela pour un temps et selon des dispositions que lui seul connaît. Peut-être l’a-t-il reçu plusieurs fois, et c’est une bénédiction, mais à chaque fois, cela aura été à nouveaux frais, selon la seule initiative de l’Esprit-Saint. On ne possède pas un charisme du Saint-Esprit, on le reçoit. A l’inverse du talent qui est permanent et qui se cultive, le charisme est aussi précaire que puissant ; il est donné et reçu. C’est aussi cela qui atteste du fait qu’il est bien de Dieu et qu’il ne s’agit pas d’une capacité personnelle de celui qui l’utilise.
Paul nous livre donc, dans ces passages des épîtres aux Corinthiens, que l’amour que nous avons les uns pour les autres ne peut être que le charisme suprême, quelque chose qu’il nous faut demander et recevoir, mais quelque chose que nous ne pouvons pas édifier à la force du poignet. Il nous dit aussi que l’unité de son Église est quelque chose qui doit être désiré et reçu de lui, selon les modalités qu’il a prévues. Ce n’est pas une incitation à la paresse, l’indolence ou la passivité, mais c’est une invitation à ne pas chercher cette unité comme s’il s’agissait d’un talent chrétien, d’un dépôt universel qui serait dans le code génétique de la chrétienté, mais bien de quelque chose qui ne peut surgir que par le miracle du Saint-Esprit de Dieu. Amen

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