Effectivement soumis à la tentation

Prédication donnée au Temple du Marais le dimanche 25 février 2007.

Textes bibliques :
Luc 4:1-15 et Ephésiens 6:10-17 (lisibles tout en bas de cet article)

Prédication :
Alors qu’il vient d’être baptisé, c’est bien par l’Esprit Saint que Jésus est conduit au désert ! Ça a un goût de déjà-vu, on passe par les eaux et on est conduit au désert, j’ai déjà lu ça quelque part du côté de l’Egypte…
Jésus fait donc son passage de la mer Rouge à travers ce baptême. Mais c’est bien l’Esprit-Saint qui le conduit au désert, et le texte se fait très précis. Il ne dit pas : « une fois au désert, l’esprit du mal a repéré que Jésus était dans le coin et il lui est tombé dessus ». Non, il est bien écrit que Jésus fut conduit au désert par l’Esprit-Saint pour (!) y être tenté ! C’est donc que la tentation de Jésus fait partie du plan de Dieu et que le Père a mobilisé l’Esprit pour que le Fils passe au crible de la tentation. Cette idée nous dérange, au point que les commentateurs du Notre Père font des pieds et des mains pour faire dire à la prière de Jésus autre choses que ce qu’elle dit : « Ne nous soumets pas à la tentation ». C’est donc Dieu qui peut être à l’origine de la tentation. Ce n’est pas évident à accepter, et encore moins à repérer.
« Seigneur, nous aurions préféré que les choses soient bien lisibles, bien binaires, noires ou blanches, mais pas de gris. Toi tu gères les bénédiction et l’esprit du mal gère les malédictions. Tu es sur les bons coups et lui sur les mauvais, au moins la répartition est claire et chacun fait son travail comme il faut. » Mais… Dieu n’en a pas voulu ainsi.
D’où nous viennent donc les épreuves ? Elle ne nous viennent pas que de nos ennemis ou de l’ennemi du Christ. Elles peuvent aussi venir de Dieu. N’y a-t-il pas, d’ailleurs, en français une ambiguïté dans le verbe éprouver ? On peut être vraiment éprouvé par des difficultés, et c’est le sens principal, mais on peut aussi éprouver un métal, c’est-à-dire le tester, le passer au creuset pour que soient triées les scories et l’or fin ! Ne passe-t-on pas des épreuves du bac, qui ne sont pas seulement de terribles moments, mais plutôt et surtout des temps où l’on vérifie qui peut quoi, qui sait quoi. Éprouver, c’est donc aussi expérimenter et vérifier.
C’est la foi de Jésus qui est éprouvée dans cette expérience. Elle est testée mais elle n’est pas laminée. Et le Seigneur permet cela, mais il fait bien plus que permettre, c’est lui qui fait passer cette épreuve-là au candidat Jésus. C’est l’Esprit-Saint, dont Jésus est rempli à cause de son baptême, qui mène Jésus au désert pour (!) être tenté.
Ne cédons pas aux sirènes des compréhensions simplistes. Dans l’épreuve, n’allons pas tout de suite accuser les uns ou les autres. Ne disons pas trop vite qu’il s’agit d’un effroyable piège tendu par Satan, car il peut très bien s’agir, comme c’est le cas dans ce passage pour Jésus, d’un temps de « mise à l’épreuve », où Dieu nous soumets à la tentation, quand bien même nous lui aurions demandé, si possible, de ne pas nous y soumettre.
L’expérience n’est pas inintéressante, car c’est finalement pour l’homme Jésus l’occasion de tester et de vérifier à son tour que le Saint-Esprit de Dieu qu’il vient de recevoir va bien être fiable. Il peut compter sur lui, notamment pour l’inspirer dans ses réponses face à son tentateur. Mais surtout, le texte réinsiste sur le fait que Jésus, à la fin de cette épreuve et encore tout à fait « rempli du Saint-Esprit ». C’est bon. Ça tient bien. On y va. On peut avancer, donc.
Alors, dans ce qui nous arrive, quelle part revient au hasard ? Quelle part à la fatalité ? Quelle part à l’esprit malin ? Quelle part revient à Dieu ? Pas si simple. Mais quelle que soit l’origine de ce que nous vivons, nous n’avons finalement même pas nécessairement besoin de comprendre tout et de maîtriser tous les paramètres de la situation. Ce qui importe c’est d’être rempli du Saint-Esprit de Dieu, car quelle que soit l’épreuve, quelles que soient les circonstances, on pourra aller au-delà. Le Saint-Esprit est là pour donner la force de vivre ce que nous avons à vivre, il est celui qui donne les outils et la capacité de ne pas chuter dans le temps de l’épreuve, et ce n’est pas en nous que nous devons trouver les ressources pour ne pas tomber, mais c’est bien dans l’Esprit du Dieu vivant ! C’est cela l’attitude que le Christ lui-même a adopté, et c’est lui qui marche devant nous pour dessiner les postures et les choix fondamentaux que tout chrétien sera appelé à reprendre, à sa suite.
Alors comment Jésus a-t-il lutté, au-delà du fait d’être complètement en communion avec l’Esprit de Dieu ? La réponse est simple, et on n’y prête pas assez attention. Jésus, le fils de Dieu, a utilisé surtout… la bible, les Ecritures ! Il aurait pu jouer au super héros et inventer mille stratégies surnaturelles avec laser, effets spéciaux et tout le style hollywoodien, mais non, rien de tout ça. Alors qu’il est mené en bourrique par son ennemi, Jésus réveille sa mémoire des Ecritures, et il utilise le texte biblique comme une épée tranchante pour contrer les attaques de l’ennemi. Là on est dans le miraculeux : le Fils de Dieu, soi-même, qui utilise ses souvenirs d’école biblique !!! Donc, très certainement, pour nous aussi il doit en être de même. L’arme principale de notre résistance à la tentation, c’est la lecture, la connaissance, la mémorisation et l’utilisation pertinente de tous les trésors puissants qui se trouvent dans la bible ! Il ne s’agit pas d’une bataille de versets comme en font les pasteurs entre eux ou les théologiens en voulant singer tristement le combat spirituel de leur Messie avec son ennemi. Il s’agit en fait d’une remise à plat des critères d’évaluation de ce que nous vivons. Il y a le possible, il y a la multitude du possible et de l’impossible, il y a toutes les combinaisons du désir et du délire, mais il y une chose qui reste, c’est la parole de Dieu, et en particulier telle qu’elle s’exprime dans les Ecritures bibliques. Ça résiste, c’est du solide, c’est cette alternative qu’un rabbin parisien résumait ainsi : la spiritualité, soit c’est lire, soit c’est délire. Derrière le jeu de mot, il y a la reconnaissance que dans sa fragilité, le texte biblique est un véritable armement pour les combats de tous les jours, et surtout pour les combats des jours mauvais.
Mais attention, car si Jésus lutte avec les Ecritures, le diable voit que sa force est là, donc il vise là aussi, précisément, pour y créer une faiblesse. Car Jésus n’est pas le seul à avoir de bons souvenirs de l’école biblique. Le diable lui aussi a volé une bible chez un marchand quand il était petit, et il connaît bien sa bible, lui aussi puisque, vous l’avez entendu dans ce passage, il cite allègrement le psaume 91… Mais alors, le diable ne devient-il pas fichtrement puissant quand il se met à utiliser les mêmes armes que nous ? Sa mémoire est meilleure que la nôtre, et sa malignité ne va-t-elle pas nous mettre en échec ? C’est un risque, c’est vrai, mais c’est oublier un peu vite que la victoire de Jésus se joue dans l’utilisation combative des Écritures, mais surtout dans l’inspiration que le Saint-Esprit lui apporte. C’est la combinaison subtile et puissante de ces deux armes que sont la parole et l’Esprit que Jésus obtient la victoire. Et nous marchons à la suite de Jésus, reprenant les mêmes méthodes parce qu’il est notre maître et que nous avons tout appris de lui.
Le diable n’a pas l’Esprit du Créateur avec lui, et il perd s’il se met à singer les docteurs de la loi et prenant un verset pour faire chuter. Pour autant, notre attention doit s’aiguiser pour ne pas nous mettre à croire que la seule citation d’un verset deci-delà fait de nous des héros de la foi chrétienne. `
C’est l’esprit du mal qui abandonne la bagarre. Il a tout essayé, mais il a perdu. L’Esprit Saint tressaille de joie. Jésus a eu suffisamment confiance dans la force des Écritures, il a eu suffisamment confiance dans le souffle puissant de la présence de Dieu pour dépasser une chute qui semblait tellement évidente, tellement jouée d’avance, pour un charpentier de village qui s’essaye à la prédication itinérante… « O Seigneur, ne nous soumets pas à la tentation, mais si tu le fais, permets-nous de compter sur toi plus que tout, de compter sur toi plus que sur nous, d’être plus convaincus de ta puissance que de la force ou de la ruse de ton ennemi. Que ton souffle et ta parole nous inspirent. »
Amen

Ephésiens 6:10-17
Fortifiez-vous dans le Seigneur, et par sa force toute-puissante. Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable. Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes. C’est pourquoi, prenez toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté.
Tenez donc ferme : ayez à vos reins la vérité pour ceinture; revêtez la cuirasse de la justice ; mettez pour chaussure à vos pieds le zèle que donne l’Évangile de paix ; prenez par-dessus tout cela le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin ; prenez aussi le casque du salut, et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu.

Luc 4:1-15
Jésus, rempli du Saint-Esprit, revint du Jourdain, et il fut conduit par l’Esprit dans le désert, où il fut tenté par le diable pendant quarante jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, après qu’ils furent écoulés, il eut faim.
Le diable lui dit : Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre qu’elle devienne du pain. Jésus lui répondit: Il est écrit: L’Homme ne vivra pas de pain seulement.
Le diable, l’ayant élevé, lui montra en un instant tous les royaumes de la terre, et lui dit : Je te donnerai toute cette puissance, et la gloire de ces royaumes; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. Jésus lui répondit : Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul.
Le diable le conduisit encore à Jérusalem, le plaça sur le haut du temple, et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, Afin qu’ils te gardent ; et : Ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre. Jésus lui répondit : Il est dit : Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu.
Après l’avoir tenté de toutes ces manières, le diable s’éloigna de lui jusqu’à un moment favorable.
Jésus, revêtu de la puissance de l’Esprit, retourna en Galilée, et sa renommée se répandit dans tout le pays d’alentour. Il enseignait dans les synagogues, et il était glorifié par tous.

C’est nous qui mettons les passages en italique dans le texte.

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